Celui-là, la droite l'aime bien, puisque c'est Martine Aubry qui aurait eu cette coupable tolérance dans sa ville de Lille. On découvre à cette occasion que cette pratique est bien plus courante qu'on ne le croit, signe sans doute que le plus méchant des islams a gangrené notre société bien au-delà de ce qu'on croit, et jusques dans nos campagnes catholiques.

Car cette pratique de séparer les hommes et les femmes on la trouve partout. Samedi dernier, perdu dans un train en Seine et Marne, je regardais par la fenêtre et voit, kilomètres après kilomètres, des terrains de foot (c'est incroyable ce qu'il y en a !) sur lesquels s'égayent des gamins. Des gamins, pas des gamines. Dans tous les sports, dès le plus jeune âge, on sépare les enfants : filles d'un côté et garçons de l'autre. Si les microbes (8 et 9 ans) et les poussins (10 et 11 ans) sont parfois encore mélangés, dès la tranche d'âge suivante, les benjamins, les équipes sont non-mixtes. J'ai eu beau chercher un seul sport où cette pratique n'aurait pas lieu, je n'ai pas trouvé (m'aideras-tu cher lecteur à en trouver un ?).

Cette séparation des sexes est d'ailleurs violemment gardée : souvenez-vous de la campagne haineuse que subit Caster Semenya, championne du monde du 800 mètres aux derniers JO, qui avait le tort de ne pas être assez clairement « homme » ou « femme ».

Dans la vie quotidienne, les exemples pullulent. Les wc sont « homme » ou « femme », et je me souviens d'un article très drôle de la philosophe queer Béatriz Préciado qui racontait le barrage des regards accueillant toute personne rentrant dans les toilettes des femmes : des yeux scrutant l'apparence de l'imprétrante pour vérifier qu'elle avait bien tous les atours de la féminité, et les froncements de sourcils condamnant une trop gande androgynie.

Pour ce qui ressemble le plus à des piscines, on peut penser aux hamams : il y a des jours pour les hommes, pour les femmes et des plages mixtes (pas assez à mon goût !). On peut aussi penser à la SNCF qui, sur son site internet, présentant ses trains de nuits (Lunéa) répond ainsi à une fausse question d'une cliente : « Q : Je suis une femme voyageant seule, existe-t-il un service adapté ? R : Lunéa offre à ses clientes voyageant seules la possibilité de réserver gratuitement une place dans un compartiment intégralement réservé aux femmes en 1ère ou 2nde classe. Ce service est disponible sur simple demande auprès du vendeur lors de votre réservation, etc. ». Vous souvenez-vous qu'aux dernières élections régionales, Bruno Beschizza, le syndicaliste policier tête de liste UMP en Seine-Saint-Denis avait proposé que le wagon de tête des RER soit réservé aux femmes ?

Côté éducation, il y a des débats rageurs dans les mouvements de jeunesse - je pense aux éclaireurs unionistes que je connais bien - pour savoir si il faut que les sizaines (groupe de six enfants qui sont la « base » de la vie quotidienne) soient mixtes ou non. Et qu'on ne s'y trompe pas, il y a des militantes féministes des deux côtés. Pour faire vite, les féministes qui sont pour la mixité insistent sur la nécessité d'apprendre à vivre en égalité garçons et filles (et d'éduquer d'abord les garçons), les féministes favorables à la non-mixité insistent sur la nécessité de donner aux filles confiance en elles, ce que la présence des garçons contrecarrerait. Et quand il s'agit de faire dormir les enfants, tout le monde est obligatoirement d'accord : dans les colonies de vacances, les filles dorment avec les filles et les garçons avec les garçons (je n'ai pas réussi à trouver le texte qui l'impose, mais c'est ce qu'on apprend quand on passe son BAFA).

Allez, un dernier exemple : l'Etat, à travers notamment l'Agence de cohésion sociale et pour l'égalité des chances, finance une tripotée de groupes uniquement de femmes, par exemple pour apprendre le français...

Je m'arrête là, vous pourrez dans vos commentaires donner d'autres exemples. Et je ne trouve aucun texte de loi qui interdise ou rende obligatoire quoi que ce soit, de manière générale, sur le sujet. Mais pourquoi alors, être scandalisé par ces femmes musulmanes qui décident de se baigner entre elles, alors que le non-mixte est si courant ? Pourquoi serait-ce un problème à partir du moment où ce n'est pas imposé aux femmes comme seule possibilité par les gestionnaires de la piscine ? Une piste : ce n'est pas parce que cela se passe dans une piscine...