Pendre ou sauver les riches ?
Par Editeur le mercredi 23 septembre 2009, 21:11 - Biblique - Lien permanent
Billet biblique paru dans Témoignage Chrétien de cette semaine.
Lettre de Jacques, chapitre 5, verset 1 à 9
A vous maintenant, riches! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui
viendront sur vous.
Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont rongés par les
teignes.
Votre or et votre argent sont rouillés; et leur rouille s'élèvera en témoignage
contre vous, et dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé des trésors
dans les derniers jours!
Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les
avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu'aux
oreilles du Seigneur des armées.
Vous avez vécu sur la terre dans les voluptés et dans les délices, vous avez
rassasiez vos coeurs au jour du carnage.
Vous avez condamné, vous avez tué le juste, qui ne vous a pas résisté.
Soyez donc patients, frères jusqu'à l'avènement du Seigneur. Voici, le
laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard,
jusqu'à ce qu'il ait reçu les pluies de la première et de
l'arrière-saison.
Vous aussi, soyez patients, affermissez vos coeurs, car l'avènement du Seigneur
est proche.
Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, afin que vous ne soyez pas
jugés: voici, le juge est à la porte.
Que c'est tentant, quelques jours après la fête de l'Huma ! Enfin, le
texte révolutionnaire du Nouveau Testament qui me permet de lever le poing
plutôt que de baiser l'anneau, de chanter l'International plutôt qu' « A
toi la gloire ! ». Tout y est, lutte des classes compris. D'un côté les
riches, de l'autre, les frères, les camarades, petits paysans, petits
commerçants, petits artisans, sans fortune, mal protégés par loi romaine qui
favorise les bourgeois et les puissants. On monte une barricade ? On
remplace les hosties par des balles calibre 12 ? On va leur piquer leurs
lingots et leurs berlines, squatter leurs hôtels particulier et se moucher dans
leurs draps en soie ?
Comment ça, être patient !? Ne pas de plaindre !? Je relis le début du texte et
me demande ce que j'ai loupé dans cet épître de Jacques, si atypique. Leur
richesses dévorera leurs chairs comme le feu. Mais ça fait mal ! Ça les
rouille, les ronge, les mine de l'intérieur. Ça leur pourrit la vie - au sens
littéral du terme - et les transforme en injustes, désirant toujours plus
d'argent, et pour cela commettant toujours plus d'iniquité... qui les ronge
toujours plus. Le sort des riches ne serait pas enviable ? Mais attention,
le texte n'invite pas pour autant à les plaindre ! Mais pour une fois, pas
de crainte : pas question, là, de tendre la joue gauche comme dans les
Evangiles, de courber l'échine et rester à sa place de dominé, comme chez Paul.
Au contraire, le texte leur est balancé, comme une gifle. Pour les secouer.
« Etes-vous si heureux que ça, vous qui passez vos vies à courir après
l'argent ! ». « Sauvons les riches ! » pour reprendre
l'intitulé d'un collectif d'écolos-activistes parisiens qui va interpeller les
riches dans leurs caches dorées, des grands palaces à la mairie de Neuilly.
Comme les riches, je suis moi aussi interpellé, moi qui ne suis pas un riche.
Ce n'est pas seulement leur sort que je suis invité à ne pas envier. Mais leurs
richesses. C'est leur or et leur argent qui leur communique cette rouille qui
les ronge. La richesse matérielle, voilà leur malheur existentiel.
« L'argent ne fait pas le bonheur, fait-il le malheur ?» comme le
chante MC Solar.
Je suis moins invité à détester les riches qu'à revoir ce que je considère
comme la richesse. Et c'est plus subversif : les riches ne le sont plus si
ce qui les fait riche n'a plus de valeur. C'est ce travail de sape que mena
Pierre Valdo et sa Fraternité des pauvres, au XIIe siècle dans la région de
Lyon, et dont ce passage du Nouveau Testament était le texte fondateur.
L'Eglise de l'époque vit combien c'était subversif et les persécuta. Ils se
réfugièrent en Italie, les protestants Vaudois sont aujourd'hui leurs
descendants. Valdo et ses fidèles ne tentèrent pas une révolution les armes à
la mains : ils se contentèrent de donner leurs richesses et d'aller
prêcher la pauvreté. Sobriété ou simplicité volontaire dirait-on
aujourd'hui ? Oui, comme les communautés auxquels s'adresse Jacques :
une dissidence du quotidien, à bas-bruit, qui sème des paniers bios ici, une
entreprise en coopérative ouvrière là-bas. Qui se passe de la voiture et du
portable. Ça rend libre de tout ça, et d'abord de la course après le mode de
vie des riches. On confie son avenir à Dieu et pas à son portefeuille d'action.
La vie ralentit et la folie du monde en est un peu freinée. Nous rejoignons le
temps long de Dieu et instillons ici bas la lente subversion de sa grâce comme
le patient cultivateur qui sème ses graines, avec la confiance dans la force de
la vie, l'assurance de l'amour du Seigneur et une conviction au coeur :
l'avènement du Seigneur est proche, le juge est à la porte.