Ce qui m'intéresse dans l'affaire du "grand seducteur" DSK
Par Editeur le dimanche 19 octobre 2008, 19:29 - Gender studies - Lien permanent
Chronique du 20/10/08 à 12h sur Fréquence Protestante
Jusqu'où les façon d'agir, les pratiques, des responsables politiques
doivent-elles jouer un rôle dans l'opinion que nous avons d'eux ou d'elles
?
Quand on a appris les démissions en série au cabinet de la Ministre de la
justice, Rachida Dati, il semble n'avoir fait aucun doute que cette information
était intéressante. Cela montrait le côté dur, caractériel ont dit certain,
tyrannique, de la Ministre de la justice.
Le fait que Dominique Strauss Kahn ait eu des relations extra-conjugales
avec une de ses subordonnées est-il du même ordre, cela nous intéresse-t-il
dans la construction de notre opinion sur lui ?
Dans la dimension extra-conjugale, personnellement, cela m'indiffère. C'est
sa vie privée, c'est son problème avec Anne Sinclair. Cela m'indiffère d'autant
plus que si DSK utilise son couple avec Anne Sinclair dans son image publique,
ce n'est jamais pour l'accompagner d'un discours moralisateur sur le couple, la
fidélité, la vraie famille etc.
Il n'y a donc ce « faites ce que je dis, pas ce que je fais », qui fait
si souvent trébucher les grands moralisateurs publics, par exemple les
télévangélistes américains souvent pris une main dans le pot de confiture, et
l'autre dans la culotte de leur secrétaire.
Non, si cette affaire m'intéresse pour construire mon opinion sur DSK c'est
de la même manière que la façon qu'a Rachida Dati de maltraiter les membres de
son cabinet m'intéresse.
Ce n'est pas qu'il ait eu une relation extra-conjugale qui m'intéresse.
C'est qu'elle ait eu lieu avec une personne qui était sa subordonnée.
Donc qui devait obeïr à ses ordres. Dont l'avenir professionnel dépendait en
partie de l'opinion qu'avait DSK d'elle. Dont la possibilité de dire
« non » à des avances n'était pas complétement libre en raison de la
position de subordonnée.
Et à l'occasion de cette affaire, on apprend que DSK a une réputation de
« grand séducteur » dixit Le Journal du dimanche. Cette réputation
était tellement connu nous dit Mediapart que l'Elysée a été mise en garde qu'il
y avait une « prise de risque importante » à envoyer DSK à Washington
où on ne plaisante pas avec cela. Sans parler de ce qui se raconte chez les
militants socialistes sur ce sujet.
Cela n'est donc plus une liaison extra-conjugale exceptionnelle. Est-ce que
cela signifie que ce serait une pratique courante que subiraient les
subordonnées féminines de DSK ? Dans ce cas, en quoi est-ce différent de
ce qui était reproché à Rachida Dati ? N'est-ce pas plus grave ?
A moins que l'on ne se cache une fois de plus derrière ce sexisme ordinaire qui fait qu'une femme politique qui martyrise ses collaborateurs est une hystérique et qu'un homme politique qui fait passer à la casserole ses collaboratrices est un « grand séducteur ».
Commentaires
Bonjour à Stéphane et aux lecteurs de ce blog,
Je souhaiterai discuter de quelques points évoqués dans ce papier à propos des déboires récents de DSK.
Premièrement, il me semble que l’argument qui consiste à dire que « les relations extraconjugales de DSK ne sont pas un problème » tout en excluant dans un deuxième temps qu’elles puissent avoir lieu dans le cadre de relations hiérarchiques perd, de fait, tout son sens. Car si l’on part du principe que ces relations « ne sont pas un problème », il ne peut donc pas y avoir de « conditions » dès lors que cela relève du cadre privé et du consentement mutuel comme cela semble être le cas dans cette affaire. D’autre part, je me pose la question suivante : doit-on proscrire et/ou dénoncer, dans toutes les organisations quelles qu’elles soient, des relations tissées en interne dès lors qu’elles font intervenir du personnel d’échelons hiérarchiques différents ? N’est-ce pas tout simplement infaisable ? Faut-il penser que des relations entre employés d’un même échelon hiérarchique sont nécessairement plus saines ?! J’en doute fortement. Personnellement, je crois que cette affaire a pour objectif de déstabiliser un directeur du FMI jugé trop « socialiste » pour beaucoup d’américains et pour le gouvernement US. Je ne crois pas beaucoup au « hasard » de cette révélation au moment où le monde connaît une des plus grandes crises financières de son histoire, et où le FMI a un rôle important à tenir. Quand aux « rumeurs » de « grand séducteur » qui entourent la personne de DSK, il me semble assez vain de s’y fier dans un monde politique qui en est continuellement parsemé. Qui et que faut-il croire ?
La vraie question qui se pose – me semble t-il – est celle de l’abus de pouvoir dont DSK aurait pu profiter. Et pour l’heure, que je sache, rien n’est démontré. Même les avocats de Piroska Nagy ont affirmé que cette dernière « n’avait pas touché d’indemnités anormales » lors de son départ du FMI (Libération du 21/10/08). Bref, il n'y aurait pas eu de traitement de faveur. Et dans ce cas, y a-t-il encore matière à polémiquer sur « l’affaire DSK » ?
Merci de cette analyse. Je rebondis sur la fin; cela évoque la différence de sens que l'on met entre un "salaud" et une "salope"...Pour Rachida Dati il faudrait utiliser le féminin de "salaud" et pour DSK le féminin de "Salope".
jsute pour vous dire article tr�s interessant bonne continuation et grande reussite a ce joli blog
tout le monde doit lire ca pour comprendre!!
Cela parait si simple et pourtant cela peut faire une grande difference entre un site agreable, sur lequel nous aimons bien naviguer, et... les autres...