Jusqu'où les façon d'agir, les pratiques, des responsables politiques doivent-elles jouer un rôle dans l'opinion que nous avons d'eux ou d'elles ?

Quand on a appris les démissions en série au cabinet de la Ministre de la justice, Rachida Dati, il semble n'avoir fait aucun doute que cette information était intéressante. Cela montrait le côté dur, caractériel ont dit certain, tyrannique, de la Ministre de la justice.

Le fait que Dominique Strauss Kahn ait eu des relations extra-conjugales avec une de ses subordonnées est-il du même ordre, cela nous intéresse-t-il dans la construction de notre opinion sur lui ?

Dans la dimension extra-conjugale, personnellement, cela m'indiffère. C'est sa vie privée, c'est son problème avec Anne Sinclair. Cela m'indiffère d'autant plus que si DSK utilise son couple avec Anne Sinclair dans son image publique, ce n'est jamais pour l'accompagner d'un discours moralisateur sur le couple, la fidélité, la vraie famille etc.

Il n'y a donc ce « faites ce que je dis, pas ce que je fais », qui fait si souvent trébucher les grands moralisateurs publics, par exemple les télévangélistes américains souvent pris une main dans le pot de confiture, et l'autre dans la culotte de leur secrétaire.

Non, si cette affaire m'intéresse pour construire mon opinion sur DSK c'est de la même manière que la façon qu'a Rachida Dati de maltraiter les membres de son cabinet m'intéresse.

Ce n'est pas qu'il ait eu une relation extra-conjugale qui m'intéresse. C'est qu'elle ait eu lieu avec une personne qui était sa subordonnée.

Donc qui devait obeïr à ses ordres. Dont l'avenir professionnel dépendait en partie de l'opinion qu'avait DSK d'elle. Dont la possibilité de dire « non » à des avances n'était pas complétement libre en raison de la position de subordonnée.

Et à l'occasion de cette affaire, on apprend que DSK a une réputation de « grand séducteur » dixit Le Journal du dimanche. Cette réputation était tellement connu nous dit Mediapart que l'Elysée a été mise en garde qu'il y avait une « prise de risque importante » à envoyer DSK à Washington où on ne plaisante pas avec cela. Sans parler de ce qui se raconte chez les militants socialistes sur ce sujet.

Cela n'est donc plus une liaison extra-conjugale exceptionnelle. Est-ce que cela signifie que ce serait une pratique courante que subiraient les subordonnées féminines de DSK ? Dans ce cas, en quoi est-ce différent de ce qui était reproché à Rachida Dati ? N'est-ce pas plus grave ?

A moins que l'on ne se cache une fois de plus derrière ce sexisme ordinaire qui fait qu'une femme politique qui martyrise ses collaborateurs est une hystérique et qu'un homme politique qui fait passer à la casserole ses collaboratrices est un « grand séducteur ».