Racisme ou xénophobie, les étranges subtilités de la Ligue de football
Par Editeur le mardi 6 mai 2008, 23:54 - Etudes post-coloniales - Lien permanent
"Pédophiles, chômeurs, consanguins: bienvenue chez les Ch'tis". Cette affirmation - portée sur la banderole de supporters du PSG le samedi 29 mars lors d'un match contre Lens - est donc "xénophobe" mais pas "raciste" a estimé un mois après le méfait la commission de discipline de la Ligue de football. La distinction est subtile.
Elle n'a peut-être qu'un seul but : permettre comme sanction
l'exclusion de la Coupe de la Ligue, mais éviter le retrait de points au
classement et l'accéleration de la descente en deuxième division.
Etonnnant tout de même cette subtilité langagière. Etonnant aussi qu'elle
n'ait pas provoqué plus d'étonnement.
Comment Jacques Riolacci, président de la-dite commission explique-t-il ce
choix ? «La commission de discipline n'a pas trouvé dans la banderole des
éléments purement racistes qui nous aurait conduit à enlever des points au PSG.
Il est incontestable que de s'en prendre à une communauté, à un ensemble de
population qui revendique un mode de vie et une identité commune, s'apparente à
une forme de xénophobie. Le distinguo est très subtil. D'ailleurs, le procureur
de la République de Bobigny a basé son enquête sur la provocation à la haine et
à la violence.»
Distinguo tellement subtil qu'on peut se demander s'il n'est pas
purement et simplement un contresens, ou plutôt un sens inquiétant.
D'abord parce qu'on se demande bien où la Ligue de Football est allée pêcher sa
définition.
Le terme de xénophobie - tel que le définit le Petit Larousse - s'applique
fort peu au texte de la banderole du PSG : "hostilité systématique à
l'égard des étrangers, de ce qui vient de l'étranger". Le Nord est difficile à
considérer comme un pays étranger, ses ressortissants comme des étrangers. On a
plutôt souligné combien le film "Bienvenu chez les Cht'is" renouait avec une
tradition bien "franchouilarde" des films régionalistes, des films de Pagnol à
ceux de Guédidian, façon de célébrer d'autant plus la diversité des régions de
France qu'on nie les cultures régionales et les revendications
d'autonomies.
Pour racisme, Le Petit Larousse donne deux acceptions: "1) idéologie fondée
sur la croyance qu'il existe une hierarchie entre les "races" ; 2)
attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de
personnes. Racisme envers les jeunes". D'autres part la loi de 1972 définit le
délit de racisme comme celui de provoquer "à la discrimination, la haine, la
violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur
origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une
nation, une race ou une religion déterminée". Peut-on considérer les "cht'is"
comme une "ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée" ? Sans
doute ni Nation (on voit bien que cela deviendrait plus délicat avec les
basques ou les bretons) ni religion (même si on avancera avec une pointe de
polémique évangélique que le succés du film, et ses avatars en vente de
sonnerie de portables "biloutes" et autre Cht'imnierie, font flirter le tout
avec les plus ou moins éphémères religions laïques contemporaines...). Au
passage, on soulignera combien l'utilisation dans cette loi des termes "ethnie"
et "race" - et non ethnie ou race supposées - a d'ambigüe.
En revanche, le texte de la banderole s'en prend bien - autre catégorie de
la loi de 1972 - à un groupe de personnes en raison de leur origine : le
nord. Comme elle s'en prend - terme du Petit Larousse - à une "catégorie de
personnes". Tout ces termes déterminant le racisme.
Le choix de la Ligue ne tient pas la route. Cela traduit-il une
lecture "subtile" des définitions ou une bien étrange - mais pas inconnue -
conception de la race ?
Quelques semaines plus tôt, le FC Metz a été puni par la même Ligue de
football professionnelle (LFP) après qu'un de ses supporters a proféré des
insultes racistes à l'encontre du défenseur de Valenciennes Abdeslam Ouaddou.
Le club s'est vu retiré un point et sanctionné d'un match à huis clos. Donc,
pour la Ligue, Cht'is n'est pas une race, noir, oui.
Les Cht'is pour la Ligue de football ne sont pas une race mais une
"communauté, (...) un ensemble de population qui revendique un mode de vie et
une identité commune." Comme si une race n'était pas d'abord pour un
ensemble d'acteur - pour la dénigrer ou la revendiquer - le fait de revendiquer
l'appartenance à une "communauté", le résultat du fait qu' "un ensemble de
population revendique un mode de vie et une identité commune", un mode
d'appartenance durcit avec le temps.Un fait social donnant l'aspect d'un fait
naturel, comme le sont aussi "femme", "homme", "homo" ou "hétéro". Ce qui
explique que Le Petit Larousse ait la prudence de mettre race entre guillemets,
et puisse donner comme exemple le racisme anti-jeunes.
Mais alors, pourquoi "noir" serait plus une "race" - et
donc objet de "racisme" - sinon que cela traduit l'idée qu'il y aurait autre
chose que du social et du culturel quand il s'agit des noirs : de la
génétique ou de la largeur de boîte cranienne pas exemple ? Le racisme
pour la Ligue de Football ne concernerait que les "vraies" "races", et donc il
en existerait ? Serait-ce cela les "éléments purement racistes" que la
Ligue de football n'a pas trouvé dans la banderole ? Cht'is n'est pas
assez "purement" une race pour subir du racisme, tandis que "noir" serait assez
"purement" une race pour qu'on puisse être raciste à son égard ? Raciste
en faisant une hiérarchie par exemple entre eux et les blancs ?
Là où la Ligue de football se trompe lourdement c'est que ce que disent
justement les nazillons du PSG dans leur banderole, c'est que les Cht'is ne
sont pas "purement' une race pure mais une version dégénérée - Pédophiles,
chômeurs, consanguins - de la race qu'ils considèrent comme pure et
supérieure : la race blanche. Et ça, c'est purement et simplement la
définition du racisme idéologique...
Commentaires
rien a dire toujours le meilleur du web!
et qui n aime pas vivre avec!!!!
cest economique et ecologique :)