Elle n'a peut-être qu'un seul but : permettre comme sanction l'exclusion de la Coupe de la Ligue, mais éviter le retrait de points au classement et l'accéleration de la descente en deuxième division.

Etonnnant tout de même cette subtilité langagière. Etonnant aussi qu'elle n'ait pas provoqué plus d'étonnement.

Comment Jacques Riolacci, président de la-dite commission explique-t-il ce choix ? «La commission de discipline n'a pas trouvé dans la banderole des éléments purement racistes qui nous aurait conduit à enlever des points au PSG. Il est incontestable que de s'en prendre à une communauté, à un ensemble de population qui revendique un mode de vie et une identité commune, s'apparente à une forme de xénophobie. Le distinguo est très subtil. D'ailleurs, le procureur de la République de Bobigny a basé son enquête sur la provocation à la haine et à la violence.»

Distinguo tellement subtil qu'on peut se demander s'il n'est pas purement et simplement un contresens, ou plutôt un sens inquiétant. D'abord parce qu'on se demande bien où la Ligue de Football est allée pêcher sa définition.

Le terme de xénophobie - tel que le définit le Petit Larousse - s'applique fort peu au texte de la banderole du PSG : "hostilité systématique à l'égard des étrangers, de ce qui vient de l'étranger". Le Nord est difficile à considérer comme un pays étranger, ses ressortissants comme des étrangers. On a plutôt souligné combien le film "Bienvenu chez les Cht'is" renouait avec une tradition bien "franchouilarde" des films régionalistes, des films de Pagnol à ceux de Guédidian, façon de célébrer d'autant plus la diversité des régions de France qu'on nie les cultures régionales et les revendications d'autonomies.

Pour racisme, Le Petit Larousse donne deux acceptions: "1) idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hierarchie entre les "races" ; 2) attitude d'hostilité systématique à l'égard d'une catégorie déterminée de personnes. Racisme envers les jeunes". D'autres part la loi de 1972 définit le délit de racisme comme celui de provoquer "à la discrimination, la haine, la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée". Peut-on considérer les "cht'is" comme une "ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée" ? Sans doute ni Nation (on voit bien que cela deviendrait plus délicat avec les basques ou les bretons) ni religion (même si on avancera avec une pointe de polémique évangélique que le succés du film, et ses avatars en vente de sonnerie de portables "biloutes" et autre Cht'imnierie, font flirter le tout avec les plus ou moins éphémères religions laïques contemporaines...). Au passage, on soulignera combien l'utilisation dans cette loi des termes "ethnie" et "race" - et non ethnie ou race supposées - a d'ambigüe.

En revanche, le texte de la banderole s'en prend bien - autre catégorie de la loi de 1972 - à un groupe de personnes en raison de leur origine : le nord. Comme elle s'en prend - terme du Petit Larousse - à une "catégorie de personnes". Tout ces termes déterminant le racisme.

Le choix de la Ligue ne tient pas la route. Cela traduit-il une lecture "subtile" des définitions ou une bien étrange - mais pas inconnue - conception de la race ?

Quelques semaines plus tôt, le FC Metz a été puni par la même Ligue de football professionnelle (LFP) après qu'un de ses supporters a proféré des insultes racistes à l'encontre du défenseur de Valenciennes Abdeslam Ouaddou. Le club s'est vu retiré un point et sanctionné d'un match à huis clos. Donc, pour la Ligue, Cht'is n'est pas une race, noir, oui.

Les Cht'is pour la Ligue de football ne sont pas une race mais une "communauté, (...) un ensemble de population qui revendique un mode de vie et une identité commune." Comme si une race n'était pas d'abord pour un ensemble d'acteur - pour la dénigrer ou la revendiquer - le fait de revendiquer l'appartenance à une "communauté", le résultat du fait qu' "un ensemble de population revendique un mode de vie et une identité commune", un mode d'appartenance durcit avec le temps.Un fait social donnant l'aspect d'un fait naturel, comme le sont aussi "femme", "homme", "homo" ou "hétéro". Ce qui explique que Le Petit Larousse ait la prudence de mettre race entre guillemets, et puisse donner comme exemple le racisme anti-jeunes.

Mais alors, pourquoi "noir" serait plus une "race" - et donc objet de "racisme" - sinon que cela traduit l'idée qu'il y aurait autre chose que du social et du culturel quand il s'agit des noirs : de la génétique ou de la largeur de boîte cranienne pas exemple ? Le racisme pour la Ligue de Football ne concernerait que les "vraies" "races", et donc il en existerait ? Serait-ce cela les "éléments purement racistes" que la Ligue de football n'a pas trouvé dans la banderole ? Cht'is n'est pas assez "purement" une race pour subir du racisme, tandis que "noir" serait assez "purement" une race pour qu'on puisse être raciste à son égard ? Raciste en faisant une hiérarchie par exemple entre eux et les blancs ?

Là où la Ligue de football se trompe lourdement c'est que ce que disent justement les nazillons du PSG dans leur banderole, c'est que les Cht'is ne sont pas "purement' une race pure mais une version dégénérée - Pédophiles, chômeurs, consanguins - de la race qu'ils considèrent comme pure et supérieure : la race blanche. Et ça, c'est purement et simplement la définition du racisme idéologique...