Berrnard Kouchner a annoncé hier que le gouvernement s'apprêtait à accueillir 500 chrétiens d'Irak dans les prochaines semaines.

On sait que depuis le 12 janvier et jusqu'à Pâques 2008, et spécialement durant toute la période du Carême, Pax Christi France, en partenariat avec Justice et Paix, la Fédération Protestante de France, l'Oeuvre d'Orient et Chrétiens de la Méditerranée, ont monté une grande opération d'information, de sensibilisation et de soutien aux Chrétiens d'Irak, qui passe notamment par le soutien financier.

Depuis 2003, les chrétiens d'Irak se tournent de plus en plus vers l'exil. Sur les 800 000 que comptaient le pays, 300 000 ont déjà quitté leur pays. Au milieu des combats et des réglements de compte, les chrétiens sont la cible numéro 1 des différentes factions sunnites comme chiites. L'archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Faraj Rahou, a ainsi été enlevé fin février par des inconnus. Son cadavre a été retrouvé la semaine dernière

Comment ne pas vouloir accueillir des chrétiens d'Irak ? Comment ne pas vouloir leur offrir l'asile politique ?

Alors pourquoi des associations comme France terre d'asile ou le Réseau éducation sans frontières, qui défendent pourtant le droit des étrangers, protestent contre cette initiative ?

Parce que cette initiative n'est pas le fait de n'importe quel gouvernement ayant n'importe quelle politique. C'est fait par le gouvernement de l'immigration choisie. Celui qui par exemple ouvrent des possibilités de régularisation par le travail, mais créée deux listes. Une liste avec de nombreux métiers, les moins qualifiés, ceux où il y a le plus d'emploi. Mais ces métiers ne sont ouverts qu'aux étrangers venant de pays européens, blancs, majoritairement chrétiens. Une seconde liste est ouverte pour des emplois plus qualifiés et donc moins nombreux. C'est seulement à cette liste que peuvent prétendre les africains, les arabes, les asiatiques, bref le reste du monde. Et temps si ces personnes occupent déjà des emplois de la première liste dans la restauration, le batiment, la sécurité.

Cette initiative en faveur des chrétiens d'Irak n'est pas faite par n'importe quel pouvoir ayant n'importe quelle politique. C'est celle d'un Nicolas Sarkozy, qui de discours en discours, en fait des kilos sur les racines chrétiennes de la France, sur la supériorité du curé sur l'instituteur et tutti quanti.

Alors quand le gouvernement dit vouloir accueillir des réfugiés irakiens, mais des réfugiés chrétiens, bien sûr, les associations ont l'impression que c'est la même politique de sélectivité entre bons et mauvais immigrés qui continue. Et que cette fois-ci, c'est entre les chrétiens et les autres.

Alors oui, il faut accueillir les chrétiens d'Irak, parce qu'ils sont en danger en là-bas. Mais qui n'est pas en danger là-bas ? A partir d'un niveau de violence, de danger, de suppressions des libertés, il y a quelques chose d'indécent à faire le tri entre les victimes. Il faut accueillir tous les Irakiens qui demandent l'asile politique, comme il faudrait accueillir tous les afghans, au lieu de les laisser dormir dehors, comme cela se passe du côté de Calais ou de la Gare de l'Est à Paris. France Terre d'Asile évoque le cas de milliers d'Irakiens déjà exilés en France qui n'ont pas de droits et "sont laissés dans la misère la plus noire". En 2006, la France a accordé l'asile politique à 90 irakiens et 48 afghans.