Dire, c'est faire ?
Par Editeur le jeudi 20 mars 2008, 00:16 - Actualité - Lien permanent
Chronique de Fréquence Protestante du 19/03/08.
C'est le grand jeu sur les chaînes de télés américaines
aujourd'hui.
Il ne faut pas dire le mot en « r ». Le mot en « r », c'est
récession. Les responsables politiques se refusent à dire ce mot, car le dire,
ce serait inquiéter les consommateurs, faire descendre leur confiance, donc
faire monter leur tendance à épargner plutôt que consommer et cela entraînerait
la récession. On évite de dire un mot pour éviter que la réalité qu'il désigne
n'arrive.
Il y a aussi le phénomène contraire : le catastrophisme éclairé, qu'on
appelle aussi prophétie autodestructrice.
Cette idée est défendue par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Il s'agit au
contraire de prévoir une catastrophe comme quasiment sûr et ainsi espérer
mobiliser les énergies au maximum pour éviter qu'elles n'arrive. Jean-Pierre
Dupuy, disciple de Jaques Ellul et d'Ivan Illich, l'applique au nucléaire et à
l'effet de serre. Plus on s'inquiète de la catastrophe nucléaire, plus on
développe les dispositifs de sécurité pour l'éviter. Plus on s'inquiète de la
catastrophe climatique, plus on se mobilise pour l'éviter.
Certains estiment que trop parler de la catastrophe a contraire pour effet
de tétaniser les gens.
Il ne s'agit pas de parler ou de ne pas parler de la catastrophe mais raconter
autre chose. C'est ce que défend l'écologiste Pierre Radane : Ne pas dire
les catastrophes qui pourraient arriver mais les choses positives dont nous
pourrions profiter si nous adoptions les modes de vie qui nous permettraient
d'éviter la catastrophe. Ne pas dire : le Co2 nique le climat, vite,
arrêtez d'utiliser la voiture ! Mais dire : imaginez le bonheur d'une
ville sans voitures, remplie de vélos et de transports en commun, en plus ça
évite la catastrophe climatique.
Alors, dire ou pas dire ?
Il y a une quatrième théorie : celle de la prophétie auto-réalisatrice,
inventée par le sociologue Robert Merton. Il a tiré cette théorie de
l'observation des problèmes d'intégration des Afro-Américains dans les
syndicats aux États-Unis. Pour Merton, si les Noirs ne sont pas intégrés dans
les syndicats, c'est parce que les syndicalistes pensent que les Noirs ne
partagent pas les valeurs du syndicat en travaillant durant les grèves. Mais si
les noirs sont amenés à ne pas suivre les syndicat lors des grèves, c'est
justement parce qu'ils en sont exclus. Merton définie ainsi la prophétie
autoréalisatrice : “C’est, au début, une définition fausse de la situation
qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse
devient vraie”.
Enfin, il y a le théorème de Martin Veyron. Il n'est pas connu comme
théorème, mais le mériterait.
C'est un syllogisme que l'on trouve en ouverture d'un des albums racontant les
aventures de son inénarrable personnage Bernard Lermite. Ce théorème est le
suivant : La vérité est révolutionnaire. Toute vérité n'est pas bonne à
dire. Toute révolution n'est pas bonne à faire.
Vous êtes perdus ?
Evidemment, tout serait plus simple si tout fonctionnait comme la nomination
divine au début de la bible : Dieu Dit : que la lumière soit, et la
lumière fut. Oui, ça serait plus simple si tout fonctionnait comme la
nomination divine.
Mais avouez, ça serait moins drôle, non ?
Commentaires
jadoooooooooore ce blog :)
Bonjour, je vous felicite pour votre blog
analyse bien reussie ca c 100pc vrai