C'est le grand jeu sur les chaînes de télés américaines aujourd'hui.

Il ne faut pas dire le mot en « r ». Le mot en « r », c'est récession. Les responsables politiques se refusent à dire ce mot, car le dire, ce serait inquiéter les consommateurs, faire descendre leur confiance, donc faire monter leur tendance à épargner plutôt que consommer et cela entraînerait la récession. On évite de dire un mot pour éviter que la réalité qu'il désigne n'arrive.

Il y a aussi le phénomène contraire : le catastrophisme éclairé, qu'on appelle aussi prophétie autodestructrice.
Cette idée est défendue par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Il s'agit au contraire de prévoir une catastrophe comme quasiment sûr et ainsi espérer mobiliser les énergies au maximum pour éviter qu'elles n'arrive. Jean-Pierre Dupuy, disciple de Jaques Ellul et d'Ivan Illich, l'applique au nucléaire et à l'effet de serre. Plus on s'inquiète de la catastrophe nucléaire, plus on développe les dispositifs de sécurité pour l'éviter. Plus on s'inquiète de la catastrophe climatique, plus on se mobilise pour l'éviter.

Certains estiment que trop parler de la catastrophe a contraire pour effet de tétaniser les gens.
Il ne s'agit pas de parler ou de ne pas parler de la catastrophe mais raconter autre chose. C'est ce que défend l'écologiste Pierre Radane : Ne pas dire les catastrophes qui pourraient arriver mais les choses positives dont nous pourrions profiter si nous adoptions les modes de vie qui nous permettraient d'éviter la catastrophe. Ne pas dire : le Co2 nique le climat, vite, arrêtez d'utiliser la voiture ! Mais dire : imaginez le bonheur d'une ville sans voitures, remplie de vélos et de transports en commun, en plus ça évite la catastrophe climatique.

Alors, dire ou pas dire ?
Il y a une quatrième théorie : celle de la prophétie auto-réalisatrice, inventée par le sociologue Robert Merton. Il a tiré cette théorie de l'observation des problèmes d'intégration des Afro-Américains dans les syndicats aux États-Unis. Pour Merton, si les Noirs ne sont pas intégrés dans les syndicats, c'est parce que les syndicalistes pensent que les Noirs ne partagent pas les valeurs du syndicat en travaillant durant les grèves. Mais si les noirs sont amenés à ne pas suivre les syndicat lors des grèves, c'est justement parce qu'ils en sont exclus. Merton définie ainsi la prophétie autoréalisatrice : “C’est, au début, une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie”.

Enfin, il y a le théorème de Martin Veyron. Il n'est pas connu comme théorème, mais le mériterait.
C'est un syllogisme que l'on trouve en ouverture d'un des albums racontant les aventures de son inénarrable personnage Bernard Lermite. Ce théorème est le suivant : La vérité est révolutionnaire. Toute vérité n'est pas bonne à dire. Toute révolution n'est pas bonne à faire.

Vous êtes perdus ?
Evidemment, tout serait plus simple si tout fonctionnait comme la nomination divine au début de la bible : Dieu Dit : que la lumière soit, et la lumière fut. Oui, ça serait plus simple si tout fonctionnait comme la nomination divine.
Mais avouez, ça serait moins drôle, non ?