Hier soir, comme à chaque soirée électorale, il y avait ce spectacle étonnant :

Des politiques donnent leur analyse des résultats avant d’avoir les résultats,
Chaque camp dit qu’il a gagné.

Cela nous étonne. Mais n’est-ce pas parce que…
nous nous trompons sur ce que nous voyons,
nous sommes naïf sur ce que c’est que « regarder la réalité », y compris dans notre vie.

Une soirée électorale, ce n’est pas ce que nous croyons.
Ce n’est pas des personnes rationnelles et détachées qui regardent objectivement des faits, des chiffres et qui ensuite en donnent une analyse objective. A la limite, ça, ça devrait être le travail des journalistes.
Mais les politiques, eux, font autre chose.
Ils mènent une bataille de mots dès les premières secondes de l’émission pour imposer leur grille de lecture aux résultats qui vont arriver, pour qu’ensuite, on lise les résultats, on en mette en avant certains, on en ignore d’autres, en fonction de la grille qu’ils ont réussi à imposer dans le débat.

Mais après tout, ne faisons-nous pas la même chose ?
Nous regardons le monde, notre réalité quotidienne, en triant dans le flot d’info qui nous submerge, nous mettons en avant certains élèments et en ignorons d’autres en fonction d’une vision du monde que nous avons déjà.
Nous ouvrons la bible en lisant un peu toujours les mêmes textes, en les lisant un peu toujours de la même manière, en mettant en avant certains mots, certains détails et pas d’autres.

Nous le faisons par confort. Parce que si on remet en cause en permanence ce que l’on croit, ce ne serait pas facile de vivre, nous aurions du mal à travailler, à vivre normalement.
A continuer la même politique.
A continuer notre train-train.

Mais parfois, il y a des événements, des voix, des cris qui déchirent cette obsession du confort.

Ainsi hier soir, Véronique Vasseur, ancienne médecin-chef de la prison de la Santé, qui avait dénoncé les conditions indignes de vie des prisonniers en a marre. Candidate UMP dans le 13e arrondissement, elle a démissionné de son poste de conseiller de Paris, quelques secondes après avoir été élue. Elle a craqué : je n’ai rien à faire là-dedans, a-t-elle lancé. Je ne supporte plus les guerres fratricides, les petites vengeances, les coups de poignard et les trahisons. Ce n’est pas mon monde.

Bruno Piriou, tête de liste PC à Corbeil Essonnes, battu de 170 voix par Serge Dassault. Hier en direct sur France Bleu, il balance. Il risque le procés en diffamation en disant publiquement ce qu’on lisait mercredi dernier dans le Canard Enchaîné : Serge Dassault, patron des entreprises d’armement du même nom, gagne les voix comme on gagne les contrats : un billet de 20 euros à l’un, de 50 euros à l’autre, une valise de billets pour convaincre les adhérents d’une association.

On peut repousser ces cris comme minoritaires, irresponsables, infondés.
On peut aussi les voir comme des brèches, des ouvertures, des cris de prophètes dans un monde que les humains, les systémes politiques et économiques, la technique cherchent à fermer en permanence. A fermer pour que rien ne bouge, que le train-train continue.
Et dans nos vies ou dans nos lectures de la bible, que faisons-nous des cris qui nous déragent, des détails qui ne collent pas, des personnages sincères, naïfs, bizarres ou extrêmes ?
Choisissons-nous le confort ou la mise en cause ?
Choisissons-nous la femmme syro-phénicienne, la samaritaine ou les religieux du Nouveau Testament ?