Mardi soir je suis resté devant la télé jusqu’à 2 heures du matin. Je regardais CNN : Hillary Clinton allait-elle réussir à rattraper dans le New Hamphire Barack Obama ?

J’adore les élections américaines, elles sont construites comme des histoires avec des personnages incroyables et des rebondissements sans arrêt.

Des mythes à la Bible, l’humanité a cultivé l’art de raconter des histoires.

Des histoires pour faire le lien avec le passé, pour qu’on puisse s’y projeter, pour qu’on puisse ressentir les sentiments de personnages lointains.

Pourtant faut-il se réjouir que la politique nous raconte des histoires ?

Christian Salmon, dans un livre intitulé « Storytelling : une machine à fabriquer des histoires et formater les esprits » raconte que depuis les années 1990, raconter des histoires est devenu l’arme principale du marketing, de la communication.

Le marketing s’appuie plus sur l’histoire des marques que sur leur image, et plus du tout sur les produits, les managers doivent raconter des histoires à leurs salariés pour les motiver les militaires en Irak s’entraînent sur des jeux vidéos conçus à Hollywood et les conseillers politiques construisent la vie des puissants qu’ils conseillent comme un récit…

Voir par exemple la vie politique de notre président plus rythmé par ses histoires de cœurs que pas ses succès à lutter pour le pouvoir d’achat, Pas ses récits sur « j’ai changé, j’ai compris » plutôt que par ses efforts pour appliquer le Grenelle de l’environnement.

Avec cette « machine à raconter », les histoires remplacent le raisonnement rationnel, les sentiment se substituent à l’échange des arguments. Mais plus grave encore Christian Salmon s’inquiète d’un hold up sur les imaginaires.

Le story telling n’est pas seulement une technique de marketing. Ce « nouvel ordre narratif » va au-delà de la création d’une novlangue médiatique engluant la pensée.

Selon Christian Samon, le sujet soumis au story telling devient un individu envoûté, immergé dans un univers fictif qui filtre les perceptions, stimule les affects, encadre les comportements et les idées…

Ce n’est pas qu’une technique marketing, c’est la construction d’une vision du monde.

D’ailleurs, qui ne connaît pas telle personne seule, telle personne qui passant sa vie devant la télé ne connaît plus le monde qu’à travers les histoires plus ou moins dramatiques qui s’y racontent ?

La prochaine fois qu’un publicitaire, un homme politique, un militaire voudra vous raconter une histoire, méfiez-vous, il veut sans doute faire encore pire que vous endormir…