On nous raconte des histoires
Par Editeur le jeudi 10 janvier 2008, 22:54 - Actualité - Lien permanent
Chronique de Fréquence Protestante du jeudi 10 janvier 2007.
Mardi soir je suis resté devant la télé jusqu’à 2 heures du matin. Je
regardais CNN : Hillary Clinton allait-elle réussir à rattraper dans le
New Hamphire Barack Obama ?
J’adore les élections américaines, elles sont construites comme des
histoires avec des personnages incroyables et des rebondissements sans
arrêt.
Des mythes à la Bible, l’humanité a cultivé l’art de raconter des
histoires.
Des histoires pour faire le lien avec le passé, pour qu’on puisse s’y
projeter, pour qu’on puisse ressentir les sentiments de personnages
lointains.
Pourtant faut-il se réjouir que la politique nous raconte des histoires
?
Christian Salmon, dans un livre intitulé « Storytelling : une
machine à fabriquer des histoires et formater les esprits » raconte que
depuis les années 1990, raconter des histoires est devenu l’arme principale du
marketing, de la communication.
Le marketing s’appuie plus sur l’histoire des marques que sur leur image, et
plus du tout sur les produits, les managers doivent raconter des histoires à
leurs salariés pour les motiver les militaires en Irak s’entraînent sur des
jeux vidéos conçus à Hollywood et les conseillers politiques construisent la
vie des puissants qu’ils conseillent comme un récit…
Voir par exemple la vie politique de notre président plus rythmé par ses
histoires de cœurs que pas ses succès à lutter pour le pouvoir d’achat, Pas ses
récits sur « j’ai changé, j’ai compris » plutôt que par ses efforts
pour appliquer le Grenelle de l’environnement.
Avec cette « machine à raconter », les histoires remplacent le
raisonnement rationnel, les sentiment se substituent à l’échange des arguments.
Mais plus grave encore Christian Salmon s’inquiète d’un hold up sur les
imaginaires.
Le story telling n’est pas seulement une technique de marketing. Ce
« nouvel ordre narratif » va au-delà de la création d’une novlangue
médiatique engluant la pensée.
Selon Christian Samon, le sujet soumis au story telling devient un individu
envoûté, immergé dans un univers fictif qui filtre les perceptions, stimule les
affects, encadre les comportements et les idées…
Ce n’est pas qu’une technique marketing, c’est la construction d’une vision
du monde.
D’ailleurs, qui ne connaît pas telle personne seule, telle personne qui
passant sa vie devant la télé ne connaît plus le monde qu’à travers les
histoires plus ou moins dramatiques qui s’y racontent ?
La prochaine fois qu’un publicitaire, un homme politique, un militaire voudra vous raconter une histoire, méfiez-vous, il veut sans doute faire encore pire que vous endormir…
Commentaires
to be or not to be :)