Pour ce deuxième jour des soldes, réfléchissons à la consommation.

On dit volontiers que la consommation, c’est la religion des objets, le triomphe de l’attachement au matériel.

Au contraire, la religion, ce serait le détachement du matériel.

Le théologien catholique William Cavanaugh défend le contraire : la logique de consommation c’est le détachement absolu du matériel. C’est d’ailleurs en cela que c’est une très dangereuse spiritualité.

Regardez chez vous, dit-il : quels objets avez-vous fabriqué vous-même ? très peu, presque tout a été acheté.

Dans le travail, la perte d’intérêt pour le travail ne tient-il pas au manque d’intérêt pour le produit final fabriqué : celui qui travaille dans une usine de bouchon pourrait le faire dans une fabrique de chewing-gum, ça ne changerait rien.

Que connaissez-vous des conditions matérielles de production des objets que vous consommez ?

Cela nous intéresse peu de savoir où, quand, par qui, dans quelles conditions matérielles ils ont été produits. Et si vous voulez le savoir, bonne chance !

Les objets arrivent par magie dans les rayons de supermarché, hors de toutes contraintes matérielles, comme des purs esprits descendant du ciel.

Mais finalement, nous intéressons-nous vraiment aux objets que nous achetons ?

Dès que nous avons le dernier téléphone de portable, l’ennui vient vite et nous voulons le prochain modèle.

Nos vêtements, on les adôôôre… mais juste une saison…

Dans la consommation explique William Cavanaugh, « le plaisir ne réside pas tant dans l’avoir que dans le vouloir. Dès qu’un objet est obtenu, il apporte le désir d’une pause temporaire et il perd son attirance. La possession tue le désir, la familiarité engendre le mépris. C’est pourquoi faire des courses – et non l’achat en soi – est au cœur du consumérisme. »

Les messages des évangiles est finalement beaucoup plus matérialiste. Ou plutôt, en revendiquant un dieu incarné dans un homme, l’action de Dieu qui continue dans ce monde, un monde qui participe à l’œuvre de Dieu, le message des évangiles relie matériel et spirituel.

Avec l’eucharistie, la sainte Cène, la communion avec Jésus, esprit, passe par le matériel du pain et du vin. Rappelant un dernier repas se déroulant avant une mort dans les pires conditions, la cène souligne que Dieu a voulu s’incarner en ceux qui ont les conditions de mort et de vie les plus dures matériellement.

Cavanaugh souligne enfin que dans l’eucharistie, nous devenons à notre tour nourriture pour le monde, les autres humains.

Et c’est pourquoi le théologien catholique défend l’eucharistie, la sainte-cène comme un acte de résistance anti-consommation. Alors, chiche ! Si on allait casser une croute au milieu des soldes aux Galeries Lafayette ?

William Cavanaugh - Être consommé- Editions l'Homme nouveau - Paris, 2007