Commençons par trois faits de la geste – pour ne pas dire de la gesticulation – Sarkozyenne.

1) Lors de la visite de Khadafy en France, quelle a été la voix la plus forte à s’y opposer. Une ministre de son propre gouvernement : Rama Yade.

2) Quand on lui a demandé : que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent des conflits d’intérêt que pourrait constituer le prêt d’un avion par le grand patron Bolloré au président de la République, qu’a-t-il répondu : Rien. Que répondez-vous ? Rien.
Vendredi dernier sur RTL, c’est Bernard Kouchner qui a dit qu’il ne « répondrait pas » à la lettre ouverte que lui adressait Arnaud Montebourg la veille dans le Nouvel Observateur.

3) On a appris que le premier ministre allait « noter » ses ministres.

Un des principes de base de la démocratie est celui-ci : a la différence des rois, les dirigeants démocratiques doivent répondre de leur actes, devant les électeurs, et à ceux qui posent des questions et émettent des critiques : l’opposition, la presse, l’opinion.

Sous le Sarkozisme ce principe de base de la démocratie a-t-il encore cours ?
On l’a vu avec Nicolas Sarkozy ou Bernard Kouchner, ils pensent qu’ils peuvent répondre « rien » à la question « que répondez-vous », question de base de la démocratie.

Mais le sarkozysme va plus loin que l’oubli du principe de responsabilité.

Devant qui en démocratie répond-on de ses actes ?
Devant les électeurs. Et ça Nicolas Sarkozy n’a pas encore dit qu’il allait s’y soustraire.
Mais entre les élections, à qui ? A l’opposition, la presse, l’opinion, les associations, les syndicats, la société civile.

Sous le sarkozysme, c’est différent. Répondre de ses actes devant l’opposition ? Mais – on l’a vu avec la réaction de Rama Yade lors du voyage de Khadafy, ou précédemment celle de Fadela Amara sur l’amendement ADN ou de Martin Hirsch sur les franchises médicales, réactions tellement bien tolérées par le président qu’on peut se demander si elles ne sont pas organisées – l’opposition est dorénavant dans la majorité.

Répondre de ses actes devant la presse, l’opinion, les associations, les syndicats, la société civile ? Mais, non, ce n’est plus la société civile qui dit si le gouvernement fait bien son travail ou pas, c’est le gouvernement lui-même qui se donne des notes à partir de critères qu’il a lui-même décidé.

L’exécutif Sarkozy est à la fois la majorité et l’opposition, le gouvernement et la société civile. La droite et la gauche, la jet set et le peuple.
Il est : « celui qui apporte avec lui la récompense à chacun selon ce qu'est son œuvre ». Il est : « l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin ».
Mot pour mot la définition de Dieu en Apocalypse 22,12.

Quand un chef d’Etat a de telles prétentions, non seulement la démocratie, mais Dieu et les croyants sont mal barrés.