Il y avait quelque chose de féministe dans la candidature Royal. Étonnement, on a peu insisté sur le fait que la victoire du fils d'immigré Sarkozy pouvait être un succès pour les droits des étrangers. Et pourquoi donc ? Peut-être parce que c'est n'est pas un fils d'étranger.
Politiquement, symboliquement, s'entend. Ballladur est né en Turquie. Delanoë en Tunisie. Zinédine Zidane à Septèmes-les-Vallons, dans les Bouches-du-Rhône. Lilian Thuram à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.
Lesquels dans l'imaginaire collectif sont les plus étrangers ? Pourquoi Zidane est-il à ce point symbole de l'immigration, Thuram de l'intégration. Et Sarkozy si peu ?
Qu'est-ce qui fait l'étranger ? L'origine des parents, le lieu de naissance… Et si, en France aujourd'hui, tristement, basiquement, bêtement c'était la couleur de peau ? C'est dur à entendre, mais la France n'aurait-elle pas un problème avec les couleurs, quelque chose de daltonien, voyant le monde en blanc et noir… Même quand la peau est d'une autre couleur.

Sarkozy n'est pas politiquement un fils d'étranger pour une autre raison. Il ne l'est pas, parce… qu'il l'est trop, parce qu'il l'est carricaturellement.
Il dit : "ce que j'ai reçu de la France, je veux le redonner à la France". C'est logique, du bon sens : c'est un renvoi d'ascenceur. Mais à qui ? Pas à ceux qui voudraient aujourd'hui à leur tour recevoir de la France. Ce n'est pas : "Ce que j'ai reçu de la France, je veux que d'autres le reçoivent aussi". Comme on dirait : "ce que j'ai reçu de mes parents, je veux l'offrir à mes enfants". Cela ouvrirait, donnerait une suite.
Non, dire "ce que j'ai reçu de la France, je veux le redonner à la France", c'est dire : "maintenant, la France, pour grandir, elle n'a besoin de recevoir que de ceux qui ont déjà reçu, que de ceux qui sont déjà là". Pas besoin d'ouverture, de suite, de nouveaux : "ça y est, je suis arrivé, je crois que tout le monde est là".
Sarkozy dit finalement ce qu'on entend souvent chez l'avant dernière génération de l'immigration. Chez les italiens arrivés avant les portugais, les portugais arrivés avant les arabes et dorénavant certains arabes arrivés avant les chinois : "Les immigrés maintenant suffit". Une logique connue : "Le dernier arrivé ferme la porte".

C'est la logique d'une société qui se croit au complet. Celle qui ne fait pas de place aux païens dans le judéo-christianisme naissant. Le contraire de ces collections de listes qu'affectionnent les auteurs de la bible. Dans ces listes étranges, il y a toujours quelque chose qui cloche : une tribu d'Israël qui manque, ou au contraire qui est en plus ; un apôtre dont on ne précise pas le nom ; un nombre d'apôtre qui ne colle pas ; une généalogie avec un ancêtre qui n'a rien à y faire. Bref, le contraire d'un peuple au complet.

Que serait le contraire de la sentence : "ce que j'ai reçu de la France, je veux le redonner à la France" ? Le contraire de : "le dernier arrivé ferme la porte" ?
Quel commandement pour dire que les immigrés qui arrivent aujourd'hui devraient avoir les mêmes chances - après tout notre société est plus riche - que ceux arrivés hier ? Que ceux qui arriveront à la retraite demain devraient autant en profiter que ceux qui y sont arrivés depuis 10 ans ? Que les générations futures pourront bénéficier d'un climat pas plus instable qu'aujourd'hui ?
Cela pourrait se formuler ainsi : "Agis de telle sorte que ton prochain puisse profiter aujourd'hui ou demain de ce dont tu as profité hier". Finalement, ne serait-ce pas une façon de dire : "Aime ton prochain comme toi-même" ?