Sarkozy n'est pas un fils d'immigré
Par -- le lundi 3 décembre 2007, 22:01 - chroniques sarkozyennes - Lien permanent
Version originale du billet paru dans Proteste n°110 de juin 2007.
Il y avait quelque chose de féministe dans la candidature Royal. Étonnement,
on a peu insisté sur le fait que la victoire du fils d'immigré Sarkozy pouvait
être un succès pour les droits des étrangers. Et pourquoi donc ? Peut-être
parce que c'est n'est pas un fils d'étranger.
Politiquement, symboliquement, s'entend. Ballladur est né en Turquie. Delanoë
en Tunisie. Zinédine Zidane à Septèmes-les-Vallons, dans les Bouches-du-Rhône.
Lilian Thuram à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.
Lesquels dans l'imaginaire collectif sont les plus étrangers ? Pourquoi
Zidane est-il à ce point symbole de l'immigration, Thuram de l'intégration. Et
Sarkozy si peu ?
Qu'est-ce qui fait l'étranger ? L'origine des parents, le lieu de
naissance… Et si, en France aujourd'hui, tristement, basiquement, bêtement
c'était la couleur de peau ? C'est dur à entendre, mais la France
n'aurait-elle pas un problème avec les couleurs, quelque chose de daltonien,
voyant le monde en blanc et noir… Même quand la peau est d'une autre
couleur.
Sarkozy n'est pas politiquement un fils d'étranger pour une autre raison. Il
ne l'est pas, parce… qu'il l'est trop, parce qu'il l'est
carricaturellement.
Il dit : "ce que j'ai reçu de la France, je veux le redonner à la France".
C'est logique, du bon sens : c'est un renvoi d'ascenceur. Mais à
qui ? Pas à ceux qui voudraient aujourd'hui à leur tour recevoir de la
France. Ce n'est pas : "Ce que j'ai reçu de la France, je veux que
d'autres le reçoivent aussi". Comme on dirait : "ce que j'ai reçu de mes
parents, je veux l'offrir à mes enfants". Cela ouvrirait, donnerait une
suite.
Non, dire "ce que j'ai reçu de la France, je veux le redonner à la France",
c'est dire : "maintenant, la France, pour grandir, elle n'a besoin de
recevoir que de ceux qui ont déjà reçu, que de ceux qui sont déjà là". Pas
besoin d'ouverture, de suite, de nouveaux : "ça y est, je suis arrivé, je
crois que tout le monde est là".
Sarkozy dit finalement ce qu'on entend souvent chez l'avant dernière génération
de l'immigration. Chez les italiens arrivés avant les portugais, les portugais
arrivés avant les arabes et dorénavant certains arabes arrivés avant les
chinois : "Les immigrés maintenant suffit". Une logique connue : "Le
dernier arrivé ferme la porte".
C'est la logique d'une société qui se croit au complet. Celle qui ne fait
pas de place aux païens dans le judéo-christianisme naissant. Le contraire de
ces collections de listes qu'affectionnent les auteurs de la bible. Dans ces
listes étranges, il y a toujours quelque chose qui cloche : une tribu
d'Israël qui manque, ou au contraire qui est en plus ; un apôtre dont on
ne précise pas le nom ; un nombre d'apôtre qui ne colle pas ; une
généalogie avec un ancêtre qui n'a rien à y faire. Bref, le contraire d'un
peuple au complet.
Que serait le contraire de la sentence : "ce que j'ai reçu de la
France, je veux le redonner à la France" ? Le contraire de : "le
dernier arrivé ferme la porte" ?
Quel commandement pour dire que les immigrés qui arrivent aujourd'hui devraient
avoir les mêmes chances - après tout notre société est plus riche - que ceux
arrivés hier ? Que ceux qui arriveront à la retraite demain devraient
autant en profiter que ceux qui y sont arrivés depuis 10 ans ? Que les
générations futures pourront bénéficier d'un climat pas plus instable
qu'aujourd'hui ?
Cela pourrait se formuler ainsi : "Agis de telle sorte que ton prochain
puisse profiter aujourd'hui ou demain de ce dont tu as profité hier".
Finalement, ne serait-ce pas une façon de dire : "Aime ton prochain comme
toi-même" ?
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