Derrière ce titre, il m’a été demandé d’évoquer les théories du queer, en particulier celles de Judith Butler. Le queer défend-il le genre comme une construction ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est le résultat d’un conflit où la question de la construction était centrale.

Au milieu des années 80, le mouvement féministe américain est violemment divisé : sur le rapport à la pornographie, à la prostitution, aux mouvements lesbiens et transgenres/transexuels. Sur le fond, l’opposition se focalise sur l’alternative essentialisme ou social-constructionisme de la différence des sexes et des identités de genre. Ce conflit se poursuit en donnant naissance à la théorie queer, remise en cause radicale de toute naturalité en la matière. Le queer se revendique-t-il pour autant du social constructionisme ?
Le « Social constructionism » est d’abord une théorie développée par Peter L. Berger et Thomas Luckmann dans leur livre de 1966, The Social Construction of Reality. Cette théorie étudie les manières qu’ont les individus et les groupes de participer à la création de leur réalité perçue. Cette approche implique de regarder comment les phénomènes sociaux sont créés, institutionnalisés, et transformés en tradition par des humains. La réalité socialement construite est vue comme un processus continu et dynamique. Étonnement, les auteurs queer ne citent pas Berger et Luckman.
Les auteurs se revendiquent-ils de sources elles-mêmes liées à Berger et Luckmann ? En matière de genre, deux ouvrages sont souvent présentés comme « bibles » d’un constructionisme radical : « la pensée straight » de Monique Wittig (publié en France en 1978, aux E-U l’année suivante) et le premier tome de l’ « histoire de la sexualité » de Michel Foucault (France 1976, E-U 1978). Aucun des deux ne citent Berger et Luckmann. Aucun de ces ouvrages n’utilise le terme de constructionisme social. Si Foucault utilise le terme construction, ce n’est que par les aventures de la traduction. La phrase « la sexualité (…) est le nom qu’on peut donner à un dispositif historique »1 devient sous la plume du traducteur anglais Robert Hurley : « Sexuality (…) is the name that can be given to a historical construct »2.

Notre hypothèse est que le queer a développé sa propre généalogie – son propre canon ? - constructioniste : la vision d’une différence des sexes comme construction certes, mais surtout comme variation autour de l’idée de construction qui passe par des figures comme la mascarade, la parodie, la répétition, la performance. Je propose de passer pour cela en revue les sources de quatre auteurs queer – Judith Butler, Teresa de Lauretis, Beatriz Préciado et David Halperin. A travers la façon qu’a chacun d’utiliser ces sources – de mettre en avant un auteur ou un autre – se dessinent des façons différentes de comprendre la différence sexes comme construction. Et surtout, des manières différentes de la déconstruire.

Ces trois auteurs s’appuient sur un trépied commun, la mise en avant de trois tropes intellectuels dans le mouvement féministe, puis gay et lesbien et aujourd’hui queer :
La dénaturalisation – par l’anthropologie, la biologie, l’histoire – des genres masculins et féminins et du modèle hétérosexuel.
Le dévoilement de la façon dont les genres se construisent et se présentent comme naturels.
La proposition de pratiques de déconstructions possibles.

Ils inventent leur propre « histoire » de cette remise en cause de la différence des sexes à travers quatre périodes : les années 20 et l’émergence Drag, les années 50 et la naissance du genre, la fin des années 70 et les dispositifs de discursifs, les années 80 et l’émergence des mouvements queer et transgenre comme scissions du mouvement féministe.

1920-1935 : La féminité comme mascarade, la masculinité comme travestissement.

Pendant les années 20, émerge dans une période qu’on appelle la « Renaissance d’Harlem » une première scène artistique Drag King dans ce quartier de New York. La figure la plus connue est Gladys Bentley, lesbienne noire travestie en homme. À la même période en France, apparaissent les garçonnes. Elles portent des jupes courtes et des robes échancrées, se coupent les cheveux, fument, conduisent, gagnent leur vie et vivent en indépendantes. Dans son ouvrage Female masculinity, Judith Halberstam s’intéresse à ces figures et Beatriz Precido met particulièrement en avant ce mouvement drag king avant l’heure.

Ces auteures partagent avec Judith Butler l’intérêt pour un article - « la féminité comme mascarade » -écrit en 1929 par la psychanalyste et traductrice américaine de Freud Joan Rivière. Cette dernière évoque les femmes intellectuelles en ces termes : « Ce sont de bonnes épouses, d’excellentes mères, des femmes d’intérieur compétentes ; elles participent à la vie sociale et aux événements culturels ; elles manifestent des intérêts spécifiquement féminins en se préoccupant de leur apparence et elles trouvent le temps nécessaire, lorsque le besoin s’en fait sentir, de jouer le rôle de substitut maternel dévoué et désintéressé, dans leur cercle familial ou auprès de leurs amis. Mais en même temps, elles sont capables d’assumer les charges de leur vie professionnelle pour le moins aussi bien que n’importe quel homme. On est bien embarrassé pour classer, du point de vue psychologique, un tel type de femme. 3 » Joan Rivière s’inspire d’un phénomène décrit par Jones et Ferenczi : certains homosexuels exagérant leur hétérosexualité pour se défendre contre leur propre homosexualité. Elle montre que ces « femmes qui aspirent à la masculinité peuvent revêtir le masque de la féminité pour éloigner l’angoisse et éviter la vengeance qu’elles redoutent de la part des hommes ». Y a t il une différence pour elle entre la « féminité vraie » et la mascarade ? « Je ne prétends pas qu’une telle différence existe » répond-elle.

Alors que Freud semblait avoir été annexé par le camp « essentialiste », les auteurs queers soulignent que la lecture qui en est faite à l’époque de Joan Rivière ne justifie pas cette récupération. Teresa de Lauretis souligne que dans une note à l’édition de 1915 des « Trois essais sur la théorie de la sexualité », Freud écrit : « Il faut bien se rendre compte que les concepts masculin-féminin qui pour l’opinion courante ne semblent présenter aucune équivoque, envisagés du point de vue scientifique sont des plus complexes ». Il en décline trois acceptions – biologiques, sociologiques et psychanalytiques – soulignant que dans aucune des trois acceptions, les caractères de sexe, chez un individu, n’excluent ceux de l’autre.

En 1935, paraît en anglais l’ouvrage de Margaret Mead qui aura pour titre français « L’anthropologie du genre en Nouvelle-Guinée », précédé en 1928 de l'ouvrage Coming of Age in Samoa. Elle décrit une société de tolérance, sans conflit, où « l'activité sexuelle est une chose naturelle et agréable » à laquelle les adolescents, en particulier, s'adonnent librement. Elle montre que les traits de caractère de l’homme et de la femme sont le résultat d’un conditionnement social. La nature est malléable car « elle obéit aux impulsions que lui communique le corps social ». Et conclue ainsi l’introduction de son ouvrage :
« Je m'étais fixé pour tâche une étude du conditionnement de la personnalité sociale de chaque sexe, dans l'espoir qu'elle jetterait, quelque lumière sur la différence entre hommes et femmes. Je partageais la croyance générale de notre société qu'il existait un tempérament lié au sexe, et qui pouvait, au plus, n'être que déformé ou détourné de son expression normale. J'étais loin de soupçonner que les tempéraments que nous considérons comme propres à un sexe donné peuvent n'être que de simples variantes du tempérament humain, et que c'est l'éducation qui, avec plus ou moins de succès et selon les individus, permet aux hommes ou aux femmes, ou aux deux, de s'en approcher. »
Pour autant, si les caractères secondaires de chaque sexe semblent répartis de manières différentes selon les sociétés, vidant de toute essence universelle les termes « masculin » et « féminin », l’existence d’une différence des sexes reste pour Mead une constante : « Chaque société a, d'une façon ou d'une autre, codifié les rôles respectifs des hommes et des femmes, mais cela n'a pas été nécessairement en termes de contrastes, de domination et de soumission. Aucune civilisation ne s'est dérobée à l'évidence de l'âge et du sexe : chez une certaine tribu des Philippines, il est convenu qu'aucun homme n'est capable de garder un secret; pour les Manus, seuls les hommes sont censés aimer jouer avec les petits-enfants; les Toda considèrent que presque tous les travaux domestiques revêtent un caractère trop sacré pour êtres confiés aux femmes ; les Arapesh sont persuadés que la tête des femmes est plus forte que celle des hommes. Dans la répartition du travail, la façon de s'habiller, le maintien, les activités religieuses et sociales - parfois dans tous ces domaines, parfois dans certains d'entre eux seulement - hommes et femmes sont socialement différenciés et chaque sexe, en tant que tel, contraint de se conformer au rôle qui lui a été assigné. »
Éducation, contrainte, conformation, assignation. Voilà les termes en lesquels Margaret Mead parle de la construction des genres, un modèle qui inspirera durablement le féminisme, comme nous le verrons par exemple avec le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Elle est aussi la première à utiliser le terme de genre à la manière des féministes. L’anthropologie sera une voie privilégiée des auteurs queer pour la dénaturalisation des genres masculins et féminins et du modèle hétérosexuel. En 19764, une polémique – toujours pas terminée - née de la publication d’un ouvrage qui met en lumière l’existence des Berdaches chez les indiens d’Amérique : des hommes biologiques qui s’habillaient et travaillaient en femme et qui avaient des rapports sexuels fréquents avec des hommes non-berdaches. Les gays et lesbiennes studies populariseront différentes situations – en Birmanie, aux Samoa – qui iront aussi dans le sens d’un troisième genre plus proche des transgenres.

1947 : « Devenir » social et réassignation chirurgicale

Le deuxième temps de la généalogie queer est l’après-guerre, avec deux figures de la dénaturalisation du genre, le « Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir et les sexologues de transexualité, principalement John Money.
En 1949, Simone de Beauvoir publie « le deuxième sexe ». Cela semble être un passage obligé pour les auteurs queer de citer les phrases historiques qui ouvrent l’ouvrage : « On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c'est l'ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu'on qualifie de féminin. Seule la médiation d'autrui peut constituer un individu comme un Autre. » De Beauvoir insiste d’abord sur l’importance de l’éducation et revendique l’égalité. Si elle peut sembler désirer entre les deux sexes le « semblable » ou « l’androgyne », elle n’appelle pas à un dépassement de la différence, mais à une « femme nouvelle », une femme qui n’existe pas encore, « car la femme d’aujourd’hui est écartelée entre le passé et l’avenir ; elle apparaît le plus souvent comme une « vraie femme » déguisée en homme, et elle se sent mal à l’aise aussi bien dans sa chair de femme que dans son habit masculin »5. On voit aussi la thématique de l’habit, du déguisement, de la chair de la femme et de l’habit de l’homme. Mais, à la suite de la lecture que Monique Wittig fera de De Beauvoir, les auteurs queer retiendront surtout l’idée du « mythe de la femme », remettant en cause la naturalité de ce Wittig appellera « la-femme ».

A la même époque de l’autre côté de l’Atlantique nait dans le milieu médical le terme de « genre » qui sera la notion centrale des constructionistes radicaux. John Money, à la clinique John Hopkins de New-York, s’occupe des enfants nés « intersexuel ». À la naissance, certains enfants laissent les adultes incertains sur leur sexe, ou présentent un sexe physique en contradiction avec leur sexe chromosomique, amenant les médecins à leur assigner chirurgicalement l’un ou l’autre sexe avant de leur faire suivre un traitement hormonal. Dans un premier temps, l’incertitude et la désignation du sexe se fait visuellement. Par exemple, dans le cas d’un pénis de moins d’1,5 cm, l’assignation se fait au sexe féminin. Plus tard, l’assignation se fera sur une base chromosomique ou hormonale.
Les auteurs queer sont critiques sur les discours normalisateurs de Money mais aussi d’autres scientifiques ayant fait avancer la possibilité de changement chirurgical de sexe comme Robert Stoller, Harry Benjamin ou Richard Green. Pour autant ils créditent ces scientifiques de l’invention du terme de genre : il y a un sexe biologique et un genre, éventuellement différent du premier, qui est l’identité sociale de la personne. Ce terme de genre va être importé par les théoriciennes féministes : Gayle Rubin le popularise en 1975 avec son ouvrage Traffic in Women, les féministes matérialistes comme Christine Delphy en France utilisent le le terme pour définir les femmes en terme de classe. Puis, il devient le terme central de la pensée des intellectuelles queer, les Genders studies succédant aux Womens studies. Les auteurs qui s’y reconnaissent utilisent « la notion de gender comme outil théorique pour conceptualiser la construction sociale, la fabrication historique et sexuelle, face à la revendication de la "féminité" comme substrat naturel, comme forme de vérité ontologique6 »
Les auteurs queer insistent également sur l’aspect arbitraire – dénaturalisé – de l’assignation à sexe puisqu’elle se fait sur la base d’un régime visuel puis micro-biologique discutable. Le sexe n’est pas un donné a priori, il peut y avoir incertitude. Contrairement aux pratiques de l’époque qui était d’attendre l’adolescence pour qu’une prédominance de genre apparaisse, John Money insiste auprès des parents pour que l’opération se déroule avant les 18 mois, estimant que jusqu’à cet âge, tout est encore possible en terme de genre.
Avec cette référence, cette dimension médicale, on n’est plus seulement dans la vision d’un genre social (et donc modifiable) construit sur un sexe biologique préexistant. La dénaturalisation aboutit à une artificialisation, une construction potentiellement totale du sexe. Il n’est pas seulement question du genre féminin comme construit – comme « autre », du masculin – mais de l’un et de l’autre sexe. Pour autant, on reste dans une différence des sexes : on assigne des bébés à l’un ou l’autre sexe, on ne laisse pas grandir une catégorie intersexe, des androgynes, des transgenres, sujet dont nous parlerons plus tard.

1975-1978 : Le déconstruction de la différence

Ce n’est qu’avec Monique Wittig et la lecture de Michel Foucault par les auteurs queer que l’on passe d’une théorie des caractères secondaires du sexe (féminité = douceur) à une remise en cause de la différence elle-même. Wittig est lesbienne, Foucault gay, et leurs théories sont en lien avec l’émergence en France comme aux Etats-Unis du mouvement des femmes et d’un mouvement gay et lesbien radical (FHAR, Gouines rouges…). Cela est déterminant dans la remise en cause de la différence des sexes.
En 1978, Foucault publie en le préfaçant le récit d’une personne hermaphrodite, « Herculine Barbin dite Herculina B ». Foucault étudie d’abord ce récit pour illustrer le passage de la société souveraine, où le pouvoir s’impose par le pouvoir de vie et mort, à la société disciplinaire présentée trois ans plus tôt dans « Surveiller et punir », marquée par la mise en place d’une technologie nouvelle pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre à la fois « dociles et utiles ». L’auteur du récit est-elle une femme à barbe et à pénis ou un homme avec de la poitrine ? Toujours est-il qu’il lui est imposé de choisir une de ces identités, elle qui avait les deux. À l’époque de la publication du livre, le débat intellectuel fait resurgir les figures du Chevalier d’Eon, tandis l’histoire de Christine Jorgensen, homme devenu femme, a déchaîné la presse des années 60, puis celle Jan Morris fait les gros titres des années 70 7.
Avec ces exemples, c’est l’homogeneïté et l’existence même d’une frontière entre les catégories masculin/féminin qui est remise en cause et plus seulement le caractère construit de leur contenu. Au milieu des années 80 et jusque dans les années 1990, la relecture de Foucault entraînera un nouvelle vague d’éclairages sur les évolutions du XIXe siècle. Des historiens de la culture pointent l’invention du terme homosexualité en Angleterre vers 1892 ; Georges Chauncey montre que le terme « inversion sexuelle » ne désignait pas alors des amours de même sexe mais une dissonance entre le sexe et les caractères secondaires comme une femme masculine (une femme qui fait de la politique !) ou un homme féminin (qui aime les chats !). Des théologiens queers (Kathy Rudy, Michaël Vasey, Robert Goss) étudieront la contribution des églises à cette construction au XIXe siècle.
Les travaux de Foucault attirent l’attention des générations d’intellectuels suivants sur d’autres périodes de l’histoire. Les théoriciens queer sur penchent sur la Grèce antique et les théologiens queer font une lecture détonante des Pères de l’Eglise et des débuts de la vie monastique. L’histoire joue alors le même rôle de dépaysement que l’anthropologie de Margareth Mead : on y découvre d’autres dispositifs sexuels qui redonnent une historicité aux dispositifs actuels, par exemple une valorisation de l’amitié ou l’idée que l’indifférence sexuelle ou la fin du mariage sont des réalités du Royaume futur de Dieu qui peuvent s’anticiper dans ce monde.
Surtout, paraît en 1976 le premier tome de l’Histoire de la sexualité de Michel Foucault. Ce texte inscrit ce bestiaire historique dans une théorie qui fait de cet ouvrage le manuel de base du constructionisme radical. L’idée centrale est que la sexualité, loin d’être une parole à libérer de la répression, est le produit d’une incitation aux discours – amorcée par la généralisation de la confession après le concile de Trente – dans un dispositif historique. Ces dispositifs produisent la sexualité en la faisant passer d’une pratique – avoir des pratiques avec une personne de même sexe – à une identité – être un homosexuel.
Foucault décrit quatre stratégies discursives : l’hystérisation du corps des femmes, la pédagogisation du sexe des enfants, la socialisation des conduites procréatrices et la psychiatrisation des plaisirs pervers. Foucault développe les trois derniers points et surtout le dernier, mais peu le premier. La question de l’hystérisation du corps des femmes – base pour une remise en cause de la différence des sexes – est développée par les auteurs qui s’inspirent pour cela du modèle de la psychiatrisation des plaisirs pervers que propose Foucault.
David Halperin – spécialiste helléniste de formation et à ce titre grand vulgarisateur d’amours grecs – écrit en 1995 dans Saint Foucault : « De la même manière que le binarisme homme/femme est une production sexiste, le binarisme hétérosexuel/homosexuel est une production homophobe. Dans les deux cas, il y a deux termes, le premier étant non marqué, non problématisé – il désigne la catégorie à laquelle chacun est censé appartenir (à moins d’être spécifiquement marqué comme différent) ; le second est fortement marqué et problématisé – il désigne alors une catégorie de personnes que quelque chose distingue des gens normaux, de ceux qui ne sont pas définis par leur différence. »8
Dans cette affirmation, David Halperin doit autant à Foucault qu’à une autre auteure qu’il ne cite pourtant pas dans son ouvrage, l’autre grande référence du constructionisme radical, Monique Wittig.
Cette écrivaine lesbienne, fondatrice du mouvement des femmes en France, prononce une conférence publiée en 1978 – La pensée straight - qui se termine par ces mots : « Qu’est-ce que la-femme ? Branle-bas général de la défense active. Franchement, c’est un problème que les lesbiennes n’ont pas, simple changement de perspective, et il serait impropre de dire que les lesbiennes vivent, s’associent et font l’amour avec des femmes car la-femme n’a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes9 ». Pour elle, homme et femme sont des catégories qui ne fonctionnent que dans l’hétérosexualité compris non comme une norme naturelle mais comme un contrat – qu’elle appelle à rompre – un régime politique. La différence des sexes n’est pas un « déjà-là » comme le dit la pensée dominante, mais la marque de ce régime politique, comme la création des races naquit de la mise en place de l’esclavage. C’est l’oppression qui crée le sexe. Comme un écho à la phrase de Mead sur l’âge et le sexe comme « évidence », ou au souvenir de ce vieux militant de la Mission populaire me racontant qu’enfant on lui avait appris à reconnaître un juif en reliant différents traits physiques, Wittig écrit : « Aujourd’hui cependant, race et sexe sont appréhendés comme une pensée immédiate, une donnée sensible, un ensemble de « traits physiques ». Ils nous apparaissent constitués comme s’ils existaient avant tout raisonnement, appartenaient à un ordre naturel. Mais ce que nous croyons être une perception directe et physique n’est qu’une construction mythique et sophistiquée, une « formation imaginaire » qui fait réinterprèter des traits physiques (en soin aussi indifférents que n’importe quels autres mais marqués par le système social) à travers le réseau de relations dans lequel ils sont perçus.10 » Wittig fait référence à Roland Barthes qui appelait à « ne pas supporter de voir la Nature et l’histoire confondues à chaque pas ».
En plus de la déclaration d’indépendance que représente le texte, l’écrivaine (qui a écrit un roman entier, l’Opoponax, où une petite fille raconte sa vie avec le pronom neutre « on » ) pointe à son tour – dans La marque du genre – la dimension discursive de cette imposition continue de l’universel au masculin : « Il se refait, se fait sans cesse, à chaque moment, il a besoin de la contribution active, hic et nunc, de l’ensemble des locuteurs pour prendre effet sans relâche11 ». On verra combien cette vision inspire la construction du genre d’un point de vue queer. Plus loin elle écrit : « Certains mots, loin d’être isolés, débarquent dans le chantier littéraire comme de vrais corps d’armée, avec tous ceux qui les entraînent à leur suite et les rêveries qu’ils suscitent ne procurent pas toujours de l’agrément. Tels sont femme, homme, sexe et tout leur arsenal. D’autres qui appartiennent au même arsenal bougent moins lourdement, ce sont les pronoms personnels qui mettent en place le genre. Et même, à les regarder de plus près, ce sont de bonnes machines de guerre puisque c’est par eux que s’opère l’exécution du sexe, c’est par eux que le sexe est forcé sur les utilisateurs.12 »
Les auteurs queer s’inspireront de Foucault comme de Wittig pour déplacer le centre de gravité du débat. La question n’est plus la domination des femmes par les hommes – le patriarcat – ou de l’homosexualité par l’hétérosexualité, mais la remise en cause de ces identités mêmes qui sont des productions de l’hétérosexualité. Comme l’écrit Monique Wittig, une société matriarcale ne serait pas moins hétérosexuelle. Le sujet de Trouble dans le genre de Judith Butler n’est plus, comme dans le féminisme classique, « les femmes » mais la subversion politique des identités.
Si les auteurs queer relisent Foucault et Wittig ensemble, ils choisissent sur un point le premier contre la seconde. Là où Wittig pensait, comme les féministes matérialistes, qu’il y avait une possibilité de s’échapper, un au-delà, une libération possible, Foucault pense qu’il n’y a pas d’au-delà du pouvoir ou des dispositifs discursifs. David Halperin insiste sur l’idée que « liberté est interne au pouvoir » citant W.H Auden : « Quand apprendrons-nous, ce qui devrait être clair comme le jour, nous ne pouvons pas choisir ce que nous sommes libres d’aimer »13. Il s’agit alors non plus de se libérer mais de résister et construire des écarts, des différences, des déplacements. Nous y reviendrons.

Les années 80 : la rupture.
De violentes polémiques secouent le mouvement féministe américain dans les années 80 : l’engagement d’une partie du mouvement féministe aux côtés des censeurs de la pornographie14 ; le féminisme – blanc, issu des classes moyennes – est accusé par les féministes noires et chicanos de nier les dominations de classe qui le traverse ; une partie des féministes accusent les lesbiennes et les transgenres de passer du côté de l’ennemi héréditaire en jouant avec le genre masculin. Chez les gays, naît une critique de l’idée de « libération » gay qui créerait une « identité gay », une homosexualité pensée comme une essence à son tour normalisante. Continuant le mouvement décrit par Foucault d’enfermement dans des catégories homogènes, l’identité gay a créé ses propres anormaux qui font honte aux gays intégrés dans l’hétéronorme : transgenres, transexuelles, gays et lesbiennes handicapés, folles, prostituées. Théoriquement, le débat se focalise sur l’opposition essentialisme/ constructionisme, avec l’apparition d’auteurs constructionistes (Geoffrey Weeks sur l’hétérosexualité, Walkowitz sur le prostitution, Thomas Laqueur et sa « fabrique sexe ») dans la suite de la traduction aux Etats-Unis en 1978 du premier tome de l’Histoire de la sexualité. Gayle Rubin qui en 1975 dans Traffic in women avait popularisé la notion de genre dans le féminisme, lit avec passion Foucault et publie en 1984 Penser le sexe qui apparaît comme l’acte d’indépendance d’un post-féminisme ayant la volonté de replacer les questions sexuelles sur un plan politique et non biologique. Judith Butler se réclame de cette influence de Rubin.
Teresa de Lauretis, qui revendique la paternité du terme de Théorie Queer, titre d’une conférence qu’elle donne en 1990, écrit en 1987 Technologies of gender où elle soutient que le genre n’est pas la simple dérivation d’un sexe anatomique/biologique mais une construction socioculturelle, le résultat d’effets composés de représentations visuelles et discursives émergeant de différents dispositifs institutionnels (la famille, la religion, le système d’éducation, les médias, la médecine, la loi) mais aussi du langage, de l’art, de la littérature, du cinéma… De Lauretis insiste sur l’idée que même si le genre est de nature discursif ou construit, il a des effets concrets et réels, qu’il est « réel-isé » comme une forme d’identité sociale et subjective qui ne laisse pas de choix : le sujet social est en-gen(d)ré (engender). Nous le verrons plus tard, elle est plus pessimiste que la plupart des auteurs queer sur la possibilité de s’insubordonner au genre.
En 1985 apparaît sous la plume de Linda Hutcheon15 le terme de « parodie », avec une définition que reprendra plus tard Butler pour la performance : la « répétition prolongée extended avec une différence critique » a une « fonction herméneutique avec à la fois des implications culturelles et même idéologiques ». La parodie, la « performance » fait écho aux pratiques du féminisme américain depuis les années 60 de mise en scène de la domination masculine et de l’assignation à identité de la femme ainsi qu’au développement plus récent d’une visibilité drag-queen, illustrée par le film culte « Paris is burning » sur les performances drag dans un club de Harlem. Pour Judith Butler, la drag-queen dévoile que toute identité de genre est toujours une parodie : « La parodie du genre révèle que l’identité originale à partir de laquelle le genre se construit est une imitation sans original. Plus précisément, on a affaire à une production dont l’un des effets consiste à se faire passer pour une imitation. Cette déstabilisation permanente des identités les rend fluides et leur permet d’être signifiées et contextualisées de manière nouvelles ; la prolifération des identités empêche que la culture hégémonique ainsi que ses détracteurs et détractrices invoquent des identités naturalisées ou essentielles16. » Inconsciente, la répétition produit le genre, consciente, elle s’exprimer dans la figure de la drag-queen comme une possibilité de dévier le genre, de le resignifier, notamment en le répétant dans d’autres contextes.
La théologienne épiscopalienne lesbienne Elizabeth Stuart reprend cette stratégie de la répétition avec une différence critique dans la théologie queer en estimant que « la parodie est depuis longtemps le modus operandi chrétien17 ». Elle en fait la clé d’une créativité théologique queer qui revendique un christianisme queer depuis 2000 ans !

1990 : la théorie queer
Comment ces éléments se retrouvent-ils synthétisés dans la théorie queer dans la remise en cause de la différence des genres ?

- La psychanalyse fait débat. Certains, en particulier chez les auteurs français (Didier Eribon, Beatriz Preciado, Marie-Hélène Bourcier) sont vent debout contre la psychanalyse, prise en bloc. Ils lui reprochent – assimilant toute la psychanalyse à une tendance du lacanisme particulièrement étouffante en France, y compris dans les milieux théologiques – de transformer l’ordre symbolique en nouvel ordre naturel indépassable, un « déjà-là », qui précéderait toute forme de vie sociale. Ils lui reprochent de renaturaliser les identités sexuelles et de dénier la parole aux « déviants », qui ne sont pas censés parler puisque (critique partagée par Judith Butler) la différence des sexes serait co-extensive au langage lui-même. Ils voient dans la psychanalyse le dernière avatar des technologies de l’aveu, après la confession, la médecine et la psychiatrie.
D’autres entrent en débat. Térésa de Lauretis veut sortir de ce qu’elle considère comme une fausse dichotomie entre Freud et Foucault. S’appuyant sur Laplanche, elle estime conforme à Freud de penser que la sexualité est implantée dans le corps de l’enfant par les interactions avec les parents et les adultes. On n’est pas loin de l’implantation de la perversion que décrit Foucault. Judith Butler défend également que le genre est le résultat d’un développement pré-oedipien du psychisme sous la contrainte de la loi hétérosexuelle.
En revanche, De Lauretis en tire une vision critique de l’utilisation de Foucault par les auteurs queers, notamment Judith Butler. Le contresens est pour elle que les auteurs queer utilisent le sujet des tomes 2 et 3 des l’Histoire de la sexualité – ceux qui inventent un art de l’existence, une invention de soi-même comme une œuvre – en pensant qu’ils ont la capacité de remettre en cause le dispositif discursif qui produit leur sexualité expliquée dans le tome 1. Or, elle remarque que les sujets des tomes 2 et 3 sont pourtant bien soumis à la différence des genres : ils se disent comme « ils » et parlent des « elles ». La sexualité évoquée dans le tome 1 est un dispositif discursif plus ancré que celui des tomes 2 et 3, une « formation socio-politique, multi-discursive et complexe », une « massive technologie sociale du sexe (qui) n’est pas quelque chose que les individus pourront subvertir, réarticuler, se réapproprier, que ce soit par la performance drag, la chirurgie ou la volonté politique18 ».
Judith Butler est consciente de cette difficulté. Dans son dialogue avec Gayle Rubin19, elle reconnaît que la « pysché est encore au fond du trou », que « peut-être y a-t-il quelque chose de plus intraitable, de plus persistant », Gayle Rubin pointant que l’approche psychanalytique peut expliquer à la fois le changement et l’irréductible.

- Judith Butler – en partant de l’exemple de la Drag Queen – utilise les termes de performance et de performativité. Cela décrit à la fois la performance comme réalité d’un dispositif discursif et d’un dispositif corporel. Une parole performative (référence à Austin) est une énonciation qui fait exister ce qu’elle dit – « La séance est ouverte » ou en l’occurrence « tu es un garçon », « tu es une fille », l’interpellation par un policier citée par Althusser20 – le genre s’inscrivant d’abord dans un individu par toutes les façons de le lui/qu’il-a-de dire. Il n’y a pas contrainte sur un individu préexistant mais une naissance du sujet par la contrainte même, le pouvoir est à la fois créateur et oppresseur, ce que Butler définie comme l’assujettissement. Chaque individu, en soutenant, en répétant en permanence une multitude de gestes, de façon de réagir, de parler, joue une performance qui fait exister – et le fait exister dans – son genre. Beatriz Preciado écrit : « (L’hétérosexualité), loin de surgir spontanément de chaque corps nouveau-né doit être ré-inscrite ou ré-instituée à travers des opérations constantes de répétitions et de re-citations des codes (masculins et féminins) socialement investis comme naturels. »21 Le genre est une pratique qui s’accomplit sans cesse, une improvisation pratiquée dans un contexte contraignant, toujours avec et pour autrui22. Le genre, « temporalité sociale constitué »23, est à la fois construit au fil des siècles et construit en permanence.

- Peut-on déconstruire le genre ? On a vu les critiques de Téresa de Lauretis et les limites que Butler pointe elle-même. Le genre étant la parodie d’un original qui n’existe pas, la répétition pouvant avoir des échecs – Butler reprend à Austin mais aussi à Derrida l’intérêt pour les ratés du performatif – le queer interroge : qu’est-ce qui fait qu’une injonction performative ne marche pas ? N’y a-t-il pas dans les échecs une possibilité de détourner et retourner en fierté par exemple les insultes (queer, pédé…) ou les discours de haine homophobes, une alternative politique à la pénalisation de ces discours ? Ces failles ne permettent-elles pas de faire bouger, de construire des écarts avec les genres ? Butler appelle à « répéter en proliférant radicalement le genre, et ainsi déstabiliser les normes du genre qui soutiennent la répétition »24. Le Queer va encourager la prolifération de genres : « lesbiennes féministes et agressives, tapettes mystiques, fantasmeurs, drag queens et drag kings, clones, cuirs, femmes en smoking, femmes féministes ou hommes féministes, masturbateurs, folles, divas, snap !25, virils, soumis, mythomanes, transexuels, wannabe, tantes, camionneuses, hommes qui se définissent comme lesbiens, lesbiennes qui couchent avec des hommes… et aussi tous ceux qui sont capable de les aimer, d’apprendre d’eux et de s’identifier à eux26. » L’approche Queer refuse l’enfermement de ces nouveaux sujets dans de nouvelles prisons identitaires qui pourraient perdurer dans le temps mais refuse également l’illusion du grand soir révolutionnaire de l’abolition des genres, comme le défendent les féministes matérialistes comme Christine Delphy ou Monique Wittig. Le queer défend des « identités stratégiques », identités temporaires, « écarts, imbrications, dissonances, résonances, défaillances ou excès27, » lieux de ressources politiques, « sites potentiellement privilégiés pour les critiques et l’analyse des discours culturels28. » David Halperin écrit : « C’est à partir de la position marginale occupée par le sujet Queer qu’il devient possible d’apercevoir une multitude de perspectives pour repenser les relations entre les comportements sexuels, les identités érotiques, les constructions du genre, les formes de savoir, les régimes de l’énonciation, les logiques de la représentation, les modes de constructions de soi et les pratiques communautaires – c’est à dire pour réinventer les relations entre l’amour, la vérité et le désir29. » Le programme dépasse largement la question de la différence des genres.

- Le chirurgical et l’hormonal. Certains auteurs dont fait partie Beatriz Preciado revendiquent de travailler plus à la fois avec Monique Wittig – l’idée de rupture du contrat hétérosexuel – et la notion de technologie du genre de De Lauretis, poursuivies selon elle par Dona Haraway : les techniques performatives d’inscription des signes dans les existences, les constructions de représentations visuelles, la performance mais aussi le chirurgical ou l’endocrinologie. Dans une lecture qui se revendique de la biopolitique de Foucault, Preciado entame une histoire récente du corps. Elle met en avant l’assignation des enfants intersexes, la consommation massive depuis l’après-guerre d’hormones notamment contraceptives, soulignant qu’avaler des médicaments c’est pour elle ingérer des « métaphores politiques » du genre. Elle s’appuie sur l’histoire de la performance dans le mouvement féministe américaine, les écrits d’Angela Davis faisant le lien entre classe/race/sexe et les revendications des transgenres et des transexuelles pour être maîtres des opérations chirurgicales et des prescriptions d’hormones, en se soustrayant au pouvoir des psys et des médecins. Elle développe, non sans humour, une théorie des prothèses (les féministes brûlaient leur soutien gorge, les queer se font implanter des seins en silicone) qui ambitionne de dépasser le débat essentialisme/ constructionisme. Il s’agit pour elle de débusquer un autre débat caché : celui entre corps naturels et corps artificielle. Pour elle, le problème n’est pas le bistouri, mais qui décide de l’accès au bistouri.

Conclusion :
Pourquoi déconstruire ? La thématique queer en France a été souvent accueillie avec des sourires, l’impression d’une certaine frivolité ludique dans la volonté de jouer avec les genres. Pourtant, ne pose-t-elle pas la question de l’égalité homme femme plus au fond, en ne se bornant pas à de nécessaires mesures réglementaires du type quota ou de « cures » de confiance en soi pour les femmes ? Plus fondamentalement, Judith Butler pointe que les mêmes termes qui peuvent conférer la qualité d’humains à certains, la dénit à d’autres, considérés comme moins humains et par exemple moins sujets de droit (les transgenres, les travailleurs et travailleuses du sexe, les couples et familles de même sexe). Il ne s’agit pas pour Butler de sombrer dans un fantasme quasi-divin d’être créateur du monde et de soi, sans antérieur ni extérieur, ni « pour célébrer la différence en tant que telle mais pour établir des conditions plus diversifiées et favorables à la protection et au maintien de la vie tout en résistant aux modèles d’assimilation 30».
Je terminerai en citant encore Judith Butler évoquant l’homophobie comme la réaction à une différence qui conteste notre grille d’intelligibilité de nous-mêmes : « Comment aborder cette différence qui conteste notre grille d’intelligibilité sans pour autant forclore le défi qu’elle produit ? Que signifierait d’apprendre à vivre avec l’angoisse née de ce défi, de sentir la certitude épistémologique et ontologique partir à la dérive tout en acceptant au nom de l’humain, que l’humain devienne autre chose que ce qu’il est traditionnellement supposé être ? Il nous faudrait apprendre à vivre, à embrasser à la fois la destruction et la désarticulation de l’humain au nom d’un monde plus accueillant et finalement moins violent, renoncer à connaître à l’avance la forme précise que prend et prendra notre qualité d’humain, tout en restant ouvert à sa permutation et ceci au nom de la non-violence31 ». Quels choix politiques pour des vies vivables et pas seulement vivantes ?

1 Michel FOUCAULT, Histoire de la sexualité, Paris, éditions Gallimard, 1976, p. 139.

2 Michel FOUCAULT, The history of sexuality, New-York, Pantheon, 1978, p. 105.
3 Joan RIVIERE, La féminité en tant que mascarade, in Marie-Christine HAMON Dr., Féminité mascarade, Paris, Le Seuil, 1989, p. 199.
4 Jonathan KATZ, Gay american history, Lesbian and gay men in the USA, New-York, Thomas Y. Crowell Company, 1976.
5 Simone DE BEAUVOIR, Le deuxième sexe, Paris, Gallimard, 1949, p. 655-656.
6 Beatriz Preciado, Multitudes queer, Multitudes, n°12, printemps 2003, p. 20.
7 Pat CALIFA, Le mouvement transgenre, Paris, EPEL, 2003.
8 David Halperin, Saint Foucault, Paris, EPEL, 2000, p. 59.
9 Monique WITTIG, La pensée straight, Paris, Balland, 2001, p. 76.
10 ibid, p. 54-55.
11 ibid, p. 76
12 ibid, p. 134
13 David Halperin, Saint Foucault, Paris, EPEL, 2000, p. 44.
14 Gayle S.Rubin, Judith Butler, Marché au sexe, Paris, Epel, 2001.
15 Linda HUTCHEON, A theory of parody : the teaching of twentieth-century Art Forms, New-York, Methuen, 1985, pp. 2-7.
16 Judith BUTLER, Trouble dans le genre, op. cit., p. 261.
17 Elizabeth STUART, Gay and lesbian theologies, op. cit. p108.
18 Teresa DE LAURETIS, Théoriser dit-elle, intervention au colloque du MAGE « psychanalyse du genre » du 28 juin 2005.
19 Gayle S. RUBIN, Judith BUTLER, Marché au sexe, Paris, EPEL, 2001, p. 19.
20 Judith Butler, La vie psychique du pouvoir, Paris, éditions Léo Scheer, 2002.
21 Beatriz Preciado, Manifeste contra sexuel, Balland, 2000.
22 Judith BUTLER, Faire et défaire le genre, intervention à l’université de Paris X Nanterre le 25/04/04.
23 Judith Butler, Trouble dans le genre, op. cit., p. 265.
24 Judith BUTLER, Trouble dans le genre, op. cit., p. 275.
25 Jeune gay maniéré accentuant fortement ce genre. Snap fait référence au claquement de doigts (snap fingers) qui ponctue la parole dans ce style.
26 Eve Kosofsky Sedgwick, Construire des significations queer, in Didier Eribon, éd., Les études gay et lesbiennes, Paris, Editions du Centre Georges Pompidou, 1997, p. 115.
27 Idem.
28 David Halperin, op. cit. note 4.
29 David Halperin, op. cit. note 4.
30 Judith BUTLER, Faire et défaire le genre, intervention à l’université de Paris X Nanterre le 25/04/04, p. III.
31 ibid, p. X.