Alors que Georges Bush dans son discours à l’université de Virginia Tech endeuillé par une fusillade célèbre les vertus de la prière, la polémique rebondit en France sur la place de la religion.
Dans Famille chrétienne Nicolas Sarkozy déclare que la part du christianisme est "déterminante" dans l'identié nationale. François Hollande lui répond qu'il n'y a "pas de place" pour la religion dans la République telle qu'elle est souhaitée par les socialistes.

Je crois qu’ils ont tout les deux raisons même si leurs déclarations apparaissent contradictoires.

Avec sa déclaration Sarkozy enfonce une porte ouverte. Il dit : "Le christianisme a vu naître notre nation. Il a participé aux plus grandes heures de son histoire, et aussi parfois à ses drames. Il a couvert notre territoire d'églises, de cathédrales, de monuments. Il nous a surtout légué un immense patrimoine de valeurs culturelles, morales, intellectuelles et spirituelles".
Oui, le message des évangiles, quand il est devenu une institution, quand il est devenu un allié des rois, quand il a servi à bénir les soldats qui allaient à la guerre, il est devenu, non plus le message de la bonne nouvelle, mais une idéologie conformiste, une idéologie du monde : le christianisme.

Mais Jésus ne demande pas de couvrir les pays d’église, de cathédrale, de monuments : il demande de détruire le temple car ce qui compte c’est son propre corps qui sera détruit et qui se relèvera le troisième jour.
Ce qui compte c’est que dans ce monde, quand Nicolas Sarkozy crucifie une famille sans-papiers en la menaçant de la renvoyer à l’étranger, des humains mettent en échec cette mort sociale pour dire que la vie, l’amour sont plus fort que le refus de l’autre.

Jésus ne nous a pas demandé de produire un patrimoine de valeurs culturelles, morales qu’on conserve dans le formol pour les transmettre comme des vieilles pierres. Il passait son temps à mettre en cause les évidences, les valeurs, les évidences de son temps, les identités, identités de genre, identités sociales ou identités nationales.

Nicolas Sarkozy a raison. Mais quand il parle du christianisme, il ne parle pas du Christ et de la bonne nouvelle. Il parle de quelque chose que le Christ aurait furieusement critiqué comme il a critiqué le judaïsme de son temps.

François Hollande a tout autant raison que Nicolas Sarkozy quand il dit qu‘« Il n'y a pas de place pour la religion dans la République que nous voulons ».
Effectivement, le message du Christ n’a pas de place dans la République. Pas plus que dans la monarchie, ou dans la république socialiste de Cuba ou dans n’importe quel système politique.

Il n’a pas de place, il ne tient pas en place, il n’accepte pas qu’on le mette dans des articles de loi. 

Quand on a voulu en faire l’allié des rois ou de Napoléon, il y a toujours eu des chrétiens - des protestants en tous cas - pour refuser cela.
La vision actuelle de la laïcité voudrait que les chrétiens ne s’occupent que de prière dans leur petit chez eux privés ? Bin non, désolé : nous agissons pour les SDF, les étrangers, les demandeurs d’asile. Eux à qui la République non plus n’a pas prévu de place.

En 1948, Jacques Ellul se demandait dans Présence au monde moderne quelle devait être la place du chrétien dans la cité. Il invitait les chrétiens à s’engager mais d’une manière particulière : oui dans le monde, mais comme appartenant à un autre monde, sujet d’un autre Etat, ambassadeur, espion du royaume de Dieu sur cette terre, défendant les intérêts de cet autre état dans ce monde, noyautant ce monde pour y faire éclater le royaume de Dieu.

Laissons à Sarkozy les cathédrales et les mausolées du christianisme, inquiétons François Hollande en lui confirmant que nous n’avons pas de place dans la République.
Et assurons aux deux que le message des évangiles n’a pas fini de remettre en cause les boites, les identités, les prisons, les camps dans lesquels ils voudraient nous enfermer et avec nous une humanité qui débordera toujours toutes les frontières.