Vive l'alsace et la bière !
Depuis lundi, les ouvriers d'une grande marque de bière bien connue sont en grève à l'usine d'Obernai. La direction de l'usine voulait revenir sur un accord local : le droit pour les ouvriers de refuser les heures supplémentaires, alors que la loi les oblige à les accepter dans la mesure de 220 heures par an.

Au moment où le gouvernement fait du coup de pouce aux heures supplémentaires sa première mesure phare, voilà des ouvriers qui refusent de gagner plus pour travailler plus.
Il est vrai qu'à Obernai, ces ouvriers gagnent 3 200 euros en moyenne, et qu'on peut se dire que ce n'est pas représentatif des ouvriers français.

En même temps, il est intéressant de voir comment est né ce conflit. Quand la direction a annoncé puis mis en place la mesure, personne n'a protesté, voyant l'aubaine d'arrondir les fins de mois. Les semaines de travail se sont donc gonflées jusqu'à 48 heures voir 50 heures. Et puis au bout d'un mois, ça a été le ras-le-bol.

La fatigue, l'impression de passer sa vie à l'usine. Aujourd'hui, devant l'usine des banderoles sont deployées : « Travailler plus pour mourir plus vite » et « Interim + CDD = CDI ». Car l'usine emploie aussi beaucoup d'interimaires : 50% de l'effectif. Certains sont en statut précaires depuis 25 ans, interimaires 9 mois sur 12.

Plus d'argent oui, mais pour quelle qualité de vie ? Plus d'argent, pourquoi pas, mais quelle qualité de vie pour les autres autres, plus d'argent pour moi au détriment de qui ?
C'est en Alsace que s'était aussi développé il y a quelques années une mobilisation – victorieuse - dont les églises n'étaient pas absentes - contre le travail du dimanche.

Et ces messages venu d'Alsace nous rappellent quelque chose d'essentiel :

On est encore sur la lancée de cette campagne présidentielle, où droite et gauche ont communié dans le culte du travail.
Pourtant, souvenons-nous du texte la Genèse. Une fois qu'ils sont ejectés du paradis, Eve doit en passer par les douleurs de l'enfantement, Adam par le pain mangé à la sueur du front et la peine pour faire sortir quelque chose du sol.
Mais tout cela ce sont des contraintes inhérentes à notre finitude humaine, à nos limites.
Ce sont des moyens, des moyens pénibles. Pas un but, pas quelque chose donnée comme le lieu de l'épanouissement.
D'ailleurs plus personne ne défend sérieusement qu'il faudrait souffrir lors de l'accouchement pour être une vraie mère. Alors pourquoi défendre encore le travail comme souffrance nécessaire ?

Messieurs Fillon et Sarkozy, Mesdames Royal et Parisot, pensez-vous vraiment que le travail soit la vérité de l'homme ?