François Fillon s’est hier déplacé dans le centre de rétention pour étranger du Mesnil-Amelot en Seine Saint Denis.

A cette occasion, les intervenants de la Cimade lui ont remis une lettre ouverte. Il y décrivent une réalité inquiétante.

De centre de rétention, on passe de plus en plus à des mini-prison voir à des camps. Dans le plus grand 280 personnes y sont retenues. L’enfermement des familles et des enfants loin d’être exceptionnel, tend à devenir la règle. En 2006, 250 enfants dont certains âgés de quelques semaines ont été retenus.

De façon générale, le placement en rétention de personnes particulièrement vulnérables se développe : personnes âgées, malades y compris psychiatriques.
Des actes de désespoir se multiplient principalement dans les plus gros centres. Les intervenants de la Cimade s’inquiètent : « nous observons une recrudescence des bagarres, des tentatives de suicide et des automutilations au centre du Mesnil-Amelot ; un incendie a détruit partiellement le centre de rétention de Vincennes en début d’année ; un suicide a endeuillé le centre de rétention de Marseille fin 2006… »

Pour la CIMADE, la cause principale de cette dérive a pour origine « les effets dévastateurs des « objectifs chiffrés » de reconduites à la frontière fixés par le ministère de l'intérieur à chaque préfecture. Récemment dans le Figaro, Brice Hortefeux, nouveau Ministre de l’immigration et de l’Identité Nationale, se réjouissait de l’augmentation de 140% des reconduites depuis 2002, portant ce chiffre à 25000 pour 2007.

La CIMADE s’inquiète au contraire de ce qu’entraîne comme pratiques cette course au chiffre qui oublie les personnes et les réalités humaines. L’association parle d’une « industrialisation » du dispositif d’éloignement des étrangers.

Opérations et arrestations massives dans certains quartiers - dont le mien dans le 18e arrondissement de Paris, aux métro Château Rouge et Barbès. Interpellations au domicile, convocations pièges en préfecture, arrestations d’enfants dans les écoles, recrudescence des cas de violence policière.

La Cimade s’inquiète de l’examen superficiel des situations individuelles dans les services préfectoraux, des procédures de droit d’asile bâclées sans interprètes pour les personnes en centre de rétention.

La Cimade souligne que malgré les annonces, la double peine est toujours en vigueur et appliquée.

On pouvait hier s’inquiéter des dérives vis-à-vis des étrangers qui pourraient arriver demain si ça continuait dans ce sens. Se dire, mais jusqu’où cela ira-t-il ?

Mais demain, c’est dorénavant aujourd’hui. Pas besoin comparer avec d’autres périodes de l’histoire.
Ce qui se passe aujourd’hui n’a-t-il pas déjà dépassé les bornes de ce que nous pouvons accepter de voir infliger à d’autres humains ?