Ce soir, je suis un cougar qui pleure
Par -- le vendredi 4 mai 2007, 23:17 - Actualité - Lien permanent
Chronique du 4 mai 2007 pour Fréquence Protestante
Ma petite fille n’a pas compris.
A l’issu du match de la finale de basket auquel nous assistions samedi à Bercy,
j’ai pleuré. Nancy avait perdu face à Roannes, et j’étais profondément triste,
comme jamais un événement sportif ne m‘avait touché. Ma petite fille m’a
dit : mais ce n’est qu’un match. J’ai essayé de lui expliquer et de
m’expliquer pour j’était ému à ce point.
Je suis arrivé en me disant que j’allais soutenir Nancy. Pourquoi pas. Mon
équipe d’habitude c’est le Paris Basket Racing, je suis parisien, je le
soutiens à vrai dire assez mollement.
Là, Nancy, avait dominé tout le championnat, terminant premier. Ils arrivait
pour la troisième année en Finale. Les deux dernières années, ils avaient été
battus en finale. Cette année devait être la bonne, c’était une question de
justice.
Pour moi Nancy, la Lorraine, c’est le pays de mes grands-parents, côté
maternel. Je l’associe avec les histoires que me racontait ma grand-mère :
à chaque guerre, en 1870, 1914, 1939, ils étaient envahis, perdaient tout, voir
étaient expulsés.
J’associe la Lorraine à mon grand-père, ouvrier et syndicaliste dans la chimie.
La Lorraine a été pendant des dizaines d’années un pays industriel avec sa
chimie, son acier, ses mines. Les lorrains ont donné le sous-sol de leur terre,
leur force de travail et leur vie pour cela. Et un jour tout a été fermé, la
Lorraine s’est retrouvé un pays sinistré, vidé de son activité et de sa
fierté.
Mon grand-père n’a pas survécu longtemps à sa retraite : il est mort de
toutes les saloperies qu’il avait respiré à l’usine, à peu près au même moment
où l’usine fermait.
Les Nancéens qui étaient là, venus par centaines soutenir leur équipe - les
Cougars - ont été très tristes.
Mais peut-être n’ont-ils pas pensé à cela. J’espère pour eux, qu’ils ne sont
plus dans cette vision datée de la Lorraine, qu’ils sont passés à autre chose.
Mais pour moi, c’est tout cela qui m’est remonté avec la défaite de
Nancy.
Et je crois que c’est une bonne chose. Je crois que jamais avant, je m’étais
senti à ce point touché par cette part de mon histoire familiale. Comme
certains romans, comme certains films, comme parfois la lecture de la bible, ce
match de basket aura joué le rôle de projection, de fantasme public pour que
s’y expriment mes sentiments refoulés.
Que se manifeste l’attachement à un pays que j’avais trop oublié.
Certes, dimanche, c’était comme l’écrivait L’équipe en accroche de son article
sur le résultat du match : L’horrible poids du destin, la force de
l’inéluctable qui s’abat dans un fracas de symphonie.
Ce n’est pas encore la résurrection face à ce qu’on croit inéluctable. Mais
c’était déjà la première étape.
Un décès que j’ai pleuré. Il ne peut y avoir de résurrection si la mort n’est
pas d’abord assumée, pleuré, ressenti.
Commentaires
Hé, hé, tu te prends pour Aurélie Filipetti ? Et puis, t'en fais pas, les Lorrains, y sont aussi bons en foot !
N'empêche que Cyril Julian, c'est mon joueur préféré en ce début de saison de Po A. Quant à Aurélie, elle est passée dans une équipe dont je ne suis pas fan...
Salutation, Merci d avoir partagé cet article avec nous. Cela me paraît fort intéressant. Continuez !
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