Ma petite fille n’a pas compris.
A l’issu du match de la finale de basket auquel nous assistions samedi à Bercy, j’ai pleuré. Nancy avait perdu face à Roannes, et j’étais profondément triste, comme jamais un événement sportif ne m‘avait touché. Ma petite fille m’a dit : mais ce n’est qu’un match. J’ai essayé de lui expliquer et de m’expliquer pour j’était ému à ce point.
Je suis arrivé en me disant que j’allais soutenir Nancy. Pourquoi pas. Mon équipe d’habitude c’est le Paris Basket Racing, je suis parisien, je le soutiens à vrai dire assez mollement.
Là, Nancy, avait dominé tout le championnat, terminant premier. Ils arrivait pour la troisième année en Finale. Les deux dernières années, ils avaient été battus en finale. Cette année devait être la bonne, c’était une question de justice.

Pour moi Nancy, la Lorraine, c’est le pays de mes grands-parents, côté maternel. Je l’associe avec les histoires que me racontait ma grand-mère : à chaque guerre, en 1870, 1914, 1939, ils étaient envahis, perdaient tout, voir étaient expulsés.
J’associe la Lorraine à mon grand-père, ouvrier et syndicaliste dans la chimie. La Lorraine a été pendant des dizaines d’années un pays industriel avec sa chimie, son acier, ses mines. Les lorrains ont donné le sous-sol de leur terre, leur force de travail et leur vie pour cela. Et un jour tout a été fermé, la Lorraine s’est retrouvé un pays sinistré, vidé de son activité et de sa fierté.
Mon grand-père n’a pas survécu longtemps à sa retraite : il est mort de toutes les saloperies qu’il avait respiré à l’usine, à peu près au même moment où l’usine fermait.

Les Nancéens qui étaient là, venus par centaines soutenir leur équipe - les Cougars - ont été très tristes.
Mais peut-être n’ont-ils pas pensé à cela. J’espère pour eux, qu’ils ne sont plus dans cette vision datée de la Lorraine, qu’ils sont passés à autre chose. Mais pour moi, c’est tout cela qui m’est remonté avec la défaite de Nancy.

Et je crois que c’est une bonne chose. Je crois que jamais avant, je m’étais senti à ce point touché par cette part de mon histoire familiale. Comme certains romans, comme certains films, comme parfois la lecture de la bible, ce match de basket aura joué le rôle de projection, de fantasme public pour que s’y expriment mes sentiments refoulés.
Que se manifeste l’attachement à un pays que j’avais trop oublié.

Certes, dimanche, c’était comme l’écrivait L’équipe en accroche de son article sur le résultat du match : L’horrible poids du destin, la force de l’inéluctable qui s’abat dans un fracas de symphonie.
Ce n’est pas encore la résurrection face à ce qu’on croit inéluctable. Mais c’était déjà la première étape.
Un décès que j’ai pleuré. Il ne peut y avoir de résurrection si la mort n’est pas d’abord assumée, pleuré, ressenti.