Plusieurs dizaines d’étudiants assassinés par un autre étudiant sur un campus américain. Peut-on y faire quelque chose ? Il aurait perpétré ce massacre en raison d’un dépit amoureux. On ne peut rien faire contre un dépit amoureux. Des dépits amoureux, il y en aura toujours.

Bien sûr, ce n’est pas sur la cause qu’on peut agir. Ce qui est dramatique dans cette affaire, ce n’est pas la cause, c’est le moyen. Un dépit amoureux dans un village de France, ça se règle avec un fusil de chasse. Cela fait tout au plus 5 morts. Dans un village d’Afrique, cela se règle avec une machette. Trois morts. Là, avec une arme automatique, cela fait dans le 200 morts.

Des passions, des erreurs, des pétages de plombs, il y en aura toujours. Mais dans une société de la technique, dans une société où chacun a à sa portée des outils qui démultiplient sa puissance, ça donne quoi ?

Hier sortir du chemin avec un cheval, ça n’avait aucune conséquence. Aujourd’hui quand on circule dans une voiture qui peut rouler à 200 kilomètres heures, une sortie de route, c’est autre chose. Avoir envie de circuler dans son propre véhicule plutôt que serré dans les transports en commun, avoir envie de fraîcheur en été, en soi ce n’est pas très grave. Mais quand ça a comme traduction les réponses techniques de la voiture et de la climatisation, et cela pour des millions de personnes, cela entraîne la crise du climat.

Après tout, des gens qui se font piegér par l’appât du gain, il y en a toujours eu. Mais quand cette personne en rencontre d’autres, qu’ils sont dans des responsabilités où des actionnaires leur demande de faire du profit, qu’il y a à disposition des armateurs véreux, des bateaux pourris dont on peut engager les équipages avec un simple fax ou un e-mail, on obtient au bout du compte la catastrophe de l’Erika, les marées noires.

La question est-elle l’appat du gain, est-elle nos défauts très humains, ou que ceux-ci sont plongés dans un monde où les logiques de profit, de puissance technique, leur donne une ampleur négative incroyable. Non seulement leur donne une ampleur négative incroyable, mais leur donne raison. Pourquoi ne pas foutre en l’air l’atmosphère avec une voiture, puisque celle-ci est en vente libre ?

N’est-ce pas pour cette raison que les américains ont tant de mal à réglementer la vente des armes ou que nous avons-nous tant de difficulté à limiter la production des voitures qui roulent trop vite ou qui consomment trop de pétrole, produisent trop de Co2 ?
Pas seulement à cause des lobbes des armes ou de la bagnole, mais parce que c’est plus facile de dire : « c’est la faute de machin parce qu’il est méchant », ou de dire « on y peut rien, c’est un dépit amoureux », c’est plus facile de dire cela que de remettre en cause la logique technique qui structure notre monde, qui justifie nos petits défauts et nous donne un surcroît de puissance, et cela commence quand nous ouvrons une boite de conserve avec un ouvre boîte électrique plutôt que manuel.