Habemus papouille ! Une candidate noire et lesbienne pour succéder à JPII
Par Editeur le jeudi 1 décembre 2005, 22:47 - Gender studies - Lien permanent
Texte du groupe Pavé publié le 1 décembre 2005 à la suite du décès de Jean-Paul II
Chers cardinaux,
Alors que vous vous apprêtez à entrer en conclave sous les peintures de la
chapelle Sixtine pour trouver unE successeurE au bien aimé Karol, permettez à
la lesbienne noire que je suis de présenter ma candidature à sa succession.
Catholique, femme, homosexuelle, noire, je compte par cette lettre de
motivation vous prouver que je suis la personne idoine pour incarner l'église
du siècle qui s'ouvre.
Certes, une candidature protestante, au sexe indéterminé et asiatique ferait
aussi l'affaire car je suis persuadée qu'un des premiers enjeux pour les
religions est de rompre avec une certaine vision de la nature, une conception
essentialiste qui enferme les gens dans leur apparence, notamment de sexe.
Malgré tout, je pourrai assurer une visibilité nouvelle.
Visibilité de la majorité réelle des catholiques aujourd'hui : nous, les
femmes, additionnées aux personnes de couleur et aux invertiEs représentons
aujourd'hui très largement la majorité face aux hommes, hétérosexuels et
blancs. Mais une visibilité, aussi et surtout, qui fasse comprendre d'emblée
que bien des choses doivent changer dans l'église catholique, dans les églises
chrétiennes en général, mais surtout dans le monde.
Noire, parce que l'Afrique est le continent martyr, symbole de l'écrasement des
plus faibles qu'engendre un capitalisme sans entraves à l'échelle mondiale.
Africaine, je sais ce que veut dire l'application la plus brutale de la logique
productiviste et consumériste : cette logique détruit la création,
maltraite les peuples du sud, mais aussi ceux et celles du nord, en commençant
par les classes populaires, pour beaucoup issues des migrations. Un nouvel
Empire romain crée un apartheid planétaire et laisse par exemple mourir trois
millions de personnes du sida en gardant pour lui les brevets des médicaments,
en préférant financer les campagnes pour l'abstinence plutôt que celles
intégrant l'usage du préservatif.
Femme, parce que l'église catholique fut jusque-là le triste symbole des
dominations de genre qui en temps de guerre comme dans le quotidien des
existences conjugales banales et du travail se traduisent par les violences,
l'inégalité professionnelle et d'accès aux fonctions politiques, l'assignation
aux fonctions maternelles. Femme aussi parce les féministes chrétiennes furent
parmi celles qui dans les églises revendiquèrent le plus fortement de revenir à
un modèle communautaire - celui des premières églises - en rupture avec une
hiérarchie qui depuis trop longtemps empêche un fonctionnement démocratique et
décentralisé de l'église, un véritable partage du pouvoir entre clercs et
laïcs. Des problèmes qui sont aussi ceux des démocraties modernes. Parce qu'en
Christ, il n'y a plus ni hommes ni femmes, nouvelle papouille de l'église
catholique, j'inviterai les chrétiens et chrétiennes à la fraternité et à la
sororité, à une démocratisation radicale des églises et des sociétés.
Lesbienne, parce qu'il faut rompre avec un moralisme qui empêche d'accueillir
chacunE - dans les églises, dans la société- telLE qu'il ou elle est. Parce
qu'il faut en finir avec une étroitesse d'esprit qui réduit chacunE à l'image
qu'on se fait de lui ou d'elle, au lieu de - comme le fit Jésus - l'inviter, le
ou la soutenir pour qu'il ou elle atteigne le plus humain de lui-même ou la
plus humaine d'elle même, pour soutenir à son tour ses soeurs et frères. Parce
qu'au temps du relâchement des comportements de safe sex au nord, chacunE doit
être considéréE comme libre de sa sexualité pour en être responsable. Parce
qu'en Christ, il n'y a plus ni homo, ni hétéro, nouvelle papouille de l'église
catholique, non seulement je remettrai en chantier l'éthique sexuelle et
familiale des églises, mais j'inviterai les sociétés à rediscuter en permanence
toutes ces nouvelles idoles que sont les normes d'identité et de n'en accepter
aucune comme base d'une quelconque législation discriminatoire.
Catholique, parce qu'il est temps de redonner à ce mot son sens premier,
c'est-à-dire universel en prenant enfin, réellement en compte ce fait
indubitable que tout le monde n'est pas catholique, encore moins chrétienNE,
encore moins croyantE, et que le monde des athées existe bel et bien. Nouvelle
papouille de l'église catholique, je relancerai le dialogue oecuménique,
sortirai le dialogue inter religieux de son impasse élitiste pour en faire la
base de l'action pour le monde, en alliance avec les courants humanistes.
Parce que l'universel n'est pas donnée d'emblée - par le nord, l'occident ou le
marché - mais se construit de la rencontre des diversités, je redonnerai la
liberté à touTEs les catholiques du monde de répondre, à leur manière, avec
leurs réalités culturelles et sociales à la question de Jésus à ses
disciples : " qui dites-vous que je suis ? ".
Parce qu'en Christ, il n'y a plus ni juifVE, ni grecQUE, nouvelle papouille de
l'église catholique, je prendrai des cours auprès du Dalaï-Lama pour être une
conscience pour le monde plutôt qu'une gendarme pour mes fidèles.
Chers cardinaux, je ne doute pas que vous m'élirez, conscients que vous êtes de
l'urgence pour le monde d'entendre le message d'un évangile libérateur de
toutes les dominations, y compris celles des institutions ecclésiales. Dans la
foulée, convoquez un Concile de Vatican III et préparez les sandwichs : il
va y avoir du boulot ! Les signataires de ce texte, des chrétiens du
groupe Pavé, se considèrent comme théologiquement noirEs, femmes et
lesbiennes.